Paul-Louis GARNIER | [PROSTITUTION] [MARSEILLE] Amanda, belle de nuit. Roman | Paris, Librairie Paul Ollendorff, 1911 | Edition originale | Un des 10 exemplaires sur papier de Hollande | Exemplaire de dédicace offert à Monsieur Humblot "avec l'expression de ma vive gratitude, et l'hommage de ma reconnaissance pour les encouragements précieux et les espérances que je dois à sa sympathie" | Bel exemplaire joliment relié par Flammarion
Paul-Louis GARNIER
[PROSTITUTION] [MARSEILLE] Amanda, belle de nuit. Roman.
Paris, Librairie Paul Ollendorff, 1911
1 volume in-12 (19,5 x 13,5 cm) de (8)-265-(3) pages. Couverture illustrée en couleurs (premier plat).
Reliure strictement de l'époque plein chagrin écrasé poli bleu nuit, décor de filets dorés formant un rectangle sur les plats avec fleurons dorés au centre et motifs floraux mosaïqués en cuir vert et rouge, dos lisse orné, filets dorés et fleurons mosaïqués de cuir rouge cernés d'or, encadrement intérieur du même chagrin bleu nuit avec filets et palettes dorés, doublures et gardes de tabis bleu moiré, gardes de papier marbré, tête dorée, non rogné (relié sur brochure). Reliure signée FLAMMARION dans la doublure en lettres dorées. Très bon état. Minimes frottements et dos légèrement insolé. Intérieur très frais.
Edition originale.
Un des 10 exemplaires sur papier de Hollande (seul papier de luxe avec 2 ex. sur Japon).
Exemplaire de dédicace offert à Monsieur Humblot "avec l'expression de ma vive gratitude, et l'hommage de ma reconnaissance pour les encouragements précieux et les espérances que je dois à sa sympathie" (signé Paul-Louis Garnier).
Véritable roman naturaliste, Amanda belle de nuit est comme un livre ouvert sur une vie de misères sans fin. Thérèse devient Amanda à Marseille à l'âge de 30 ans où elle devient prostituée après avoir connu les affres des amours malheureux et d'une vie difficile. Elle vend son corps aux marins de toutes sortes, aux méchants, aux vilains, à ses hommes avides de chair à moitié morte. Le style de l'auteur est d'un naturel tout à fait saisissant. Les tableaux du vieux port de Marseille, de la prostitution sordide, des cafés louches, des rues sales, sont une véritable toile de maître qui sert de décor à cette vie d'Amanda, belle des nuits chaudes d'un Marseille bouillonnant.
« Peu à peu, le chemin s'ouvre. Et ce fut ainsi qu'un peu après trente ans, sans luttes ni grandes misères,, et seulement parce qu'il faut bien se laisser vivre, Amanda, égoïste et rêveuse, devint fille galante à Marseille. » (p. 124)
« C’est tout qui me dégoûte… ah ! j’en ai assez de tout… de tout… pourquoi est-ce que je suis venue ?… Je veux m’en aller… je serai bonne, ce qu’on voudra… j’en ai assez »… Elle dégorgeait tout l’amour de sa vie comme une ordure empestée. Assez du Matéi qui lui mettait le cœur en lambeaux parce qu’il ne l’a jamais aimée, assez du Cervera, cette brute à face d’étrangleur, assez de la rue et du quartier et de Marseille !… On ne peut donc pas être en repos, jamais… ? Si seulement elle connaissait un pays par là-bas, très loin, où on peut vivre ! Ce serait quelque part dans la Méditerranée, ou après… il n’en manque pas des endroits où c’est facile de s’établir, et pour pas grand’chose. Des inscrits qui en revenaient lui ont raconté. On dit qu’il y a des îles, sous la brise… et c’est pour rien, il paraît… On a tout, des fruits, de l’ombre et des jardins, de la chaleur, et du ciel pour mourir, du ciel… Elle lâcherait tout ; elle prendrait une place sur le bateau… et elle partirait seule. On verrait bien… Elle avait l’argent pour s’en aller. Et là-bas, là-bas, elle trouverait bien à vivre, à s’employer, à gagner pour manger. Quelqu’un l’aiderait aussi peut-être. Quelqu’un qui ne la connaîtrait pas, qui ne la tutoierait pas… Elle ne reviendrait plus en France. Elle aurait repris son nom de jeune fille, Thérèse Gardanne… Et pendant plusieurs soirs, elle rêva ainsi de pays et d’îles et d’oiseaux de paradis. Mais plus elle rêvait, plus elle se sentait lourde. — « Partir, pensait-elle… m’en aller sans personne… je n’oserai jamais… » Et puis, dans la glace, elle voyait sur sa figure de fille en détresse quelque chose d’incompréhensible et d’ineffaçable, et qui était le signe mystérieux de sa destinée. Elle ne s’évaderait pas. Quand elle reparut au café, au bout de quelques jours, on la trouva fatiguée et meurtrie. [...]. » (pp. 196-197)
Paul-Louis Garnier, né à Paris le 3 juin 1879 et mort le 21 octobre 1916 à 37 ans, était un homme de lettres, rédacteur à La République et professeur de philosophie. Il résidait boulevard Haussmann, dans un quartier bourgeois. Son décès a été déclaré au 130 rue de la Glacière, qui correspondait alors à une maison de santé (clinique privée), ce qui indique une mort survenue en établissement médical. Les sources écartent l’hypothèse d’une mort liée à la guerre ; il est donc très probable qu’il soit décédé des suites d’une maladie, possiblement dans le contexte des épidémies touchant Paris en 1916. Outre Amanda, belle de nuit, on lui doit plusieurs autres ouvrages remarqués à l'époque : L’été : La splendeur de la ferme et des campagnes, la saison illuminée, la salutation de l’été, la demeure, la ville, Mercure de France (1898) ; Lydia, de Tunis : roman, Librairie des lettres (1919) ; Le sceptre de gloire, Les illusoires cantilènes, La forêt claire, Ed. du Thyrse (1897). Comme on le décrivait à l'époque, Paul-Louis Garnier portait en lui de grands espoirs littéraires hélas fauchés par une mort prématurée : "Romancier de race, critique d'art avisé, auteur dramatique original, conférencier élégant."
"Paul-Louis Garnier meurt à 37 ans, après une longue et cruelle maladie qui, depuis plus de deux ans le tenait éloigné de sa famille, de ses amis. Ce grand garçon fin, élégant, par son caractère et son talent avait la sympathie de tous ceux qui le connaissaient et les écrivains de sa génération fondaient sur lui le plus grand espoir. Il avait à la fois une âme de poète pleine de lyrisme, qui lui permit d’écrire en 1896 ces vers délicats, simplement intitulés : Poèmes, — puis, plus tard : Le sceptre de gloire, — et l’esprit net d’un notateur des mœurs de notre temps, qu’on trouve dans : P’tit Fi, l’Enfant sans mère, Le voyageur solitaire, Amanda, Belle de nuit, Visages voilés — et j’en passe — et dans cette pièce un peu amère mais si justement observée, qu’il écrivit en collaboration avec Léon Frapié : Sévérité. Ce bagage littéraire déjà important permettait d’entrevoir pour le jeune écrivain un avenir glorieux, qu’il aurait peut-être atteint avant de disparaître prématurément, si les nécessités de la vie ne l’avaient obligé à s’éparpiller dans des besognes journalistiques, où se gâchent et se perdent tant de beaux cerveaux de penseur. Paul-Louis Garnier était entré à la Société des Gens de Lettres en 1913, sous les auspices des grands écrivains de notre époque. « Il est l’auteur de remarquables romans et ceux qui le connaissent lui portent autant d’estime littéraire que de cordiale sympathie, a dit de lui l’immortel auteur de La Course aux Flambeaux, Paul Hervieu. » « J’ai pour le caractère et pour le talent de Paul-Louis Garnier une grande estime, écrivait Octave Mirbeau. » Et Paul Adam ajoutait : « Mon admiration pour l’œuvre de Paul-Louis Garnier est grande et je suis glorieux de le recommander à la Société des Gens de Lettres. »" (extrait du Discours prononcé par M. Daniel Riche, aux obsèques de M. Paul-Louis Garnier).
Bel et émouvant exemplaire de dédicace du rare tirage sur hollande et joliment relié par Flammarion.
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950,00€Prix
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