GENÈSE | Texte biblique de la traduction de Le Maistre de Sacy | Raymonde AYNARD (illustratrice) | Editions du Raisin [imprimé par Maurice Darantière au printemps 1929] 1 volume in folio (29 x 23,5 cm) relié plein maroquin noir mosaïqué Art Déco | Exemplaire unique offert par l'illustratrice et enrichi d'une aquarelle originale pleine page (Adam et Eve). Superbe et rare dans cette condition unique.
[Texte biblique de la traduction de Le Maistre de Sacy | Genèse] Raymonde AYNARD (illustratrice)
GENÈSE
Editions du Raisin [imprimé par Maurice Darantière au printemps 1929]
1 volume in folio (29 x 23,5 cm) de 137 et 1 feuillet d'achevé d'imprimer. Avec 9 aquarelles reproduites à l'identique des originaux par la technique du pochoir par les ateliers Jacomet.
Reliure strictement de l'époque plein maroquin noir à deux fois 6 caissons bosselés prolongés sur les plats avec au centre du premier plats le titre en majuscules mosaïquées de maroquin rouge, doublure encadrée de même maroquin (2,5 cm) avec incrustation de tabis rouge au centre, doubles gardes de tabis rouge et de papier décoré fait main bistre et argent. Relié sur brochure. La couverture rouge du brochage n'a pas été conservée. Non rogné. Dans cet exemplaire se trouve sur le feuillet blanc qui précède le faux titre, une grande aquarelle originale pleine page représentant Adam et Eve avec le serpent et la pomme (péché originel). La reliure bien qu'originale, typiquement Art Déco et bien exécutée, n'est pas signée. Excellent état. Très frais.
Edition originale.
Tirage à 200 exemplaires seulement.
Celui-ci, un des 190 exemplaires sur vélin de Montgolfier (numéroté 45 au composteur).
Exemplaire de dédicace offert par l'illustratrice Raymonde Aynard à Madame Maurice Grôlée avec une grande aquarelle pleine page (Adam et Êve).
Superbe spécimen de reliure Art Déco plein maroquin avec titre mosaïqué.
Raymonde Aynard (Paris, 1910 – Lyon, 1965) fut une peintre, illustratrice et poète française issue d’une lignée illustre de banquiers, d’industriels et de mécènes lyonnais. Fille du diplomate Raymond Joseph Aynard (1866–1916), ministre plénipotentiaire mort pour la France (à Verdun), et de Gabrielle de Montgolfier, elle était la petite-fille du banquier Édouard Aynard (1837–1913), propriétaire de l’abbaye de Fontenay (famille encore actuellement propriétaire en 2025). Formée à Paris, elle exposa dès 1927, notamment aux Salons de la Nationale et des Tuileries, avant d’évoluer, après la Seconde Guerre mondiale, vers un art plus abstrait. Poète autant qu’artiste, elle publia cet ouvrage illustré Genèse (Éditions du Raisin, 1929) et Vers Luisants (1954). Elle laissa également des toiles et des dessins aujourd'hui dispersés. Engagée dans les cercles surréalistes et révolutionnaires de l’après-guerre, elle fréquenta également les milieux intellectuels de Saint-Germain-des-Prés. Elle s’éteignit à Paris en octobre 1965 à l'âge de 55 ans.
A la sortie de Genèse, une partie de la critique ne fut pas très tendre avec le travail d'illustration de Raymonde Aynard. Pour preuve ces quelques mots de Jean Bruller (à propos des Editions de Luxe qui venaient de paraître) : "La typographie : une composition en elzévir gras, dans laquelle les alinéas sont remplacés par des signes qui sont, à être répétés cinquante fois dans une page, quelque peu fatigants. Les illustrations, hors-texte dans lesquelles tout, même le trait, est reproduit au pochoir, ne sont parvenues à m’intéresser ni intellectuellement ni visuellement." Comme quoi on peut être critique d'art et ne pas avoir le sens de la mesure ni le sens du beau et de l'originalité. Les dessins donnés ici par Raymonde Aynard sont puissants et la technique de reproduction au pochoir donne à la perfection l'image des originaux. On décèle, dans ces dessins remplis de couleurs, des tristesses et des joies que le texte de la Genèse exprime par les mots.
Heureusement une autre critique contemporaine vient contrebalancer les mots lapidaires de Jean Bruller. "Mlle Raymonde Aynard avait un aïeul profondément regretté dans cette maison, et pour père un diplomate de carrière glorieusement tué sous Verdun après s’être engagé à près de cinquante ans : abnégation émouvante qui mérite beaucoup plus qu’un souvenir. De ses quatre filles, celle-ci s’adonne à l’illustration et vient d’affirmer sa verve créatrice en neuf hors-texte très librement conçus à l’aquarelle et fidèlement réalisés par Daniel Jacomet pour une édition de la Genèse, d’après la version de Le Maistre de Sacy. Le volume, petit in-4° (in-folio en réalité), est pittoresquement imprimé, mais tiré seulement à deux cents exemplaires, sur les presses de Maurice Darantière, émigré de Dijon à Épinay-sur-Seine, et qui se montre un imprimeur visiblement épris de structure typographique. La jeune artiste aime à coup sûr l’effort, puisqu’elle s’est primitivement révélée en s’attaquant à la pensée hautaine et profonde de Maeterlinck. On sent chez elle une personnalité avide de stimuler les idées en des reflets multiples, pliant par les attitudes non moins que par les physionomies. Dans sa facture visant à la force, la couleur s’étale en larges taches claires, parfois crues, dont la mâle vigueur risque parfois un audacieux contraste avec les interlignes de la justification toute proche. Des frontispices isolés, qui n’ont pas à s’ajuster au noble appareil de la page imprimée, s’accommoderont à souhait de cette belle indépendance juvénile, caractéristique d’une vie intense, d’un enthousiasme fécond et de vertus peu communes, puisqu’elles sont innées et ne sauraient guère s’acquérir. — P. V. B."
Néanmoins la peinture (les illustrations) de Raymonde Aynard n'ont jamais manqué d'interpeller le critique par leur étrangeté et leur puissance d'imagination. Elle se tourna presque entièrement vers l'abstraction et le surréalisme après guerre, et on peut lire une intéressante analyse de son œuvre parue à l'époque : "L’artiste paraît du moins avoir justement renoncé à ces tendances qu’exprimaient ces étranges tableaux qu’elle avait exposés au dernier Salon des Tuileries. Elle paraît avoir compris que la liberté sacro-sainte de l’art, le souci de la peinture pure, n’excusent qu’incomplètement certaines invraisemblances et certaines audaces. Je suis enchanté pour moi des progrès que l’expérience valut à son talent. Ainsi dégagé de ces témérités exagérées, il permet de discerner plus justement des qualités de trait, de composition, dignes d’un meilleur sort que celui qui leur avait été réservé. Pour ce qui est de la couleur, elle s’est cantonnée cette fois dans des tonalités particulièrement sobres ; je les accepte parfaitement puisqu’il s’agit d’évoquer l’héroïne d’une légende atroce, de l’épouse abandonnée qui mit fin à ses jours en se jetant dans les flots. J’ai eu plaisir à constater cette évolution heureuse, quoique encore incomplète, vers une conception plus conforme aux traditions de notre art.".
Nous serions curieux de savoir comment la jeune Raymonde Aynard — elle n’avait que dix-neuf ans lorsque parut Genèse en 1929 — était perçue au sein de sa famille. Il semble qu’elle ait choisi de suivre un chemin résolument artistique, sans la moindre préoccupation pour les aspects matériels de l’existence auxquels sa lignée semblait pourtant l’avoir prédestinée.
Rare par son tirage et demeuré méconnu, cet ouvrage — dans cet exemplaire unique offert par l’illustratrice, enrichi d’une grande aquarelle originale et magnifiquement relié dans le plus pur esprit Art déco — s’impose comme une authentique perle bibliophilique.
top of page
3 500,00 €Prix
bottom of page
