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Gabriel Bonnot de Mably. Entretiens de Phocion sur le rapport de la morale avec la politique. Traité utopiste sur l'égalité et la justice sociale (1783). On y trouve les prémisses des théories pré-communistes. Bel exemplaire finement relié à l'époque.

 

MABLY (Abbé Gabriel Bonnot de)

ENTRETIENS DE PHOCION, SUR LE RAPPORT DE LA MORALE AVEC LA POLITIQUE. Traduits du grec de Nicoclès, par M. l'abbé Mably.

Se trouve à Paris, chez Bailly et Lamy, 1783. De l'imprimerie de Benoît Morin, rue St-Jacques.

3 volumes in-18 (128 x 80 mm) de LVIII-(2 bl.)-132 pages ; (4)-(2 bl.)-128 pages et (6)-paginé 129 à 260.

Reliure strictement de l'époque plein veau blond granité glacé, dos lisses ornés aux petits fers dorés, pièces de titre et tomaison de maroquin noir, tranches jaunes, roulette dorée en encadrement des plats, doublures et gardes de papier marré. Reliures très bien conservées restées très fraîches. A noter quelques légers frottements et marques, le tout sans gravité. Intérieur très frais, imprimé sur beau papier fort.

 

Nouvelle édition.


La première édition de ce traité utopiste sur l'égalité et la justice sociale a paru en 1763 (1 vol. in-12). C'est un des plus importants ouvrages de l'abbé Gabriel Bonnot de Mably (1709-1785). Historien, philosophe moral et politique, Mably, qui était le frère de Condillac, donne ici sous la forme fictive d'un dialogue entre Phocion (Mably lui-même) et Aristias (le marquis de Chastellux - cette hypothèse est parfois remise en question), développe l'idée suivant laquelle le bonheur des nations est fondé sur le progrès des mœurs et non sur le progrès technique. Mably prône le mépris des richesses et une société égalitaire que le politique doit s'attacher à rendre vertueuse. On y trouve les prémisses des théories pré-communistes développées plus tard dans De la législation (1776).


Dans cette nouvelles édition, de belle facture, il est curieux de noter que le titre du premier volume ne porte aucune tomaison alors qu'il se termine bien par les mots "Fin du tome premier". Les deuxième et troisième tomes sont en pagination continue (on trouve ainsi souvent cet ouvrage relié en 2 volumes seulement, mais c'est bien trois pages de titre qu'il faut). Par ailleurs, autre curiosité, nous avons trouvé trace d'un exemplaire relié en 2 volumes par Derome avec l'adresse de Bailly sur les titres mais sortant de l'imprimerie de Didot (exemplaire sur vélin), voir Bulletin de la librairie Morgand et Fatout, n°11.490 (maroquin vert de Derome, 2 vol., 200 francs). Il en existait au moins six exemplaires imprimés sur peau de vélin et référencés par Van Praet (n°29 du catalogue Van Praet - ex. de la bibliothèque privée de Louis XVI - Mc-Carthy - Bibliothèque de M. R. Paris - un autre d'une bibliothèque vendue en 1809 - etc).

 

"Quelque puissant que soit un État, cette idée des écueils dont il est entouré, ne doit-elle pas l’ef­frayer, & lui apprendre qu’il ne peut jouir d’une prospérité cons­tante, ni même se soutenir long­temps, s’il ne travaille par la justice, sa modération & sa bienfaisance, à se faire des alliés fidèles & zélés ? Vous voudriez, Ariftias, acqué­rir à votre ami l’amitié du monde entier. S’il lui manque quelque ver­tu, vous voudriez pouvoir la lui donner. Comment croiriez-vous donc qu’un Citoyen aime sa Patrie, quand il flatte & caresse ses vices, & ne cherche qu’à la rendre incommode, suspecte & odieuse à ses voi­sins ? Si votre ami vous consultoit sur les moyens de mériter de la consi­dération dans Athènes, & de ga­gner les suffrages du peuple dans les élections ; lui conseilleriez-vous de paroître un homme sans foi, d’ou­blier ses engagemens, d’user en toute occasion de son droit avec rigueur, d’être insolent & dédaig­neux, & de tendre des piéges à tou­tes les personnes avec lesquelles il traite ? Pourquoi donc nos sublimes Politiques conseillent-ils à la Répu­blique d’avoir, à l’égard des Étran­gers la même conduite que vous blâmeriez dans votre ami ? Se fait-on des amis par des injustices & des in­jures ? [...] Si on se rappelle la vie de Solon par Plutarque, on ne fera pas étonné du peu de cas que Phocion sembloit faire du législateur de sa patrie. Plutarque nous a conservé quelques morceaux des poésies de Solon, où les plaisirs et la volupté sont célébrés d’une manière peu convenable à un sage. Il avoit fait, à ce qu’on croit, le commerce dans la jeunesse, et dans la vieillesse il fut adonné à l’oisiveté et aux plaisirs de la table et de la musique. Gagné par les caresses de Pysistrate, il abandonna les intérêts de sa patrie, et finit par être le flatteur, l’ami et le conseil de l’oppresseur de la liberté publique. Comme législateur, Solon ne fit que pallier les maux d’Athènes. Sous prétexte que les Athéniens n’étoient pas capables d’avoir de meilleures lois que celles qu’il portoit, il ne leur en donna que de médiocres. Il faut que des lois soient bien peu sages, quand leur auteur leur survit. Solon ne contenta ni les riches ni les pauvres, en voulant contenter tout le monde. Il donna trop peu d’autorité aux lois et aux magistrats, ce qui laissa subsister les anciens préjugés et les anciennes divisions, et empêcha que le gouvernement ne s’affermît." (extrait)

 

La philosophie politique morale et républicaine de Mably peut se réumer ainsi : un bon gouvernement repose sur la vertu, la justice et la modération, non sur la ruse ni la complaisance. La sagesse politique, selon lui, ne consiste pas à ménager les passions humaines, mais à les discipliner pour le bien commun.


Références : Tchemerzine-Scheler IV, 249b ; INED, 2992 ; Cioranescu, 41171. (Première édition).

 

Provenance : ex libris armorié du XIXe siècle. A identifier.


Bel exemplaire très bien conservé dans de jolies reliures de l'époque.

Gabriel Bonnot de Mably | Entretiens de Phocion sur la morale et la politique

850,00 €Prix
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