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De Buonaparte et des Bourbons, et de la nécessité de se rallier à nos princes légitimes, pour le bonheur de la France et de celui de l'Europe. Par F. A. de Chateaubriand. Véritable édition originale imprimée chez les Frères Mame rue du Pot-de-Fer n°14. Très bon exemplaire resté broché sous sa couverture d'origine en papier rose.

 

CHATEAUBRIAND (François René de)

 

De Buonaparte et des Bourbons, et de la nécessité de se rallier à nos princes légitimes, pour le bonheur de la France et de celui de l'Europe. Par F. A. de Chateaubriand.

 

Paris, Mame Frères, imprimeurs-libraires, rue du Pot-de-Fer, n°14, et se trouve chez Le Normant, imprimeur, et H. Nicole, libraire, 1814

 

Brochure in-8 (21,3 x 13,5 cm) de (6)-87 pages (le verso de la dernière page est blanc). Couverture de l'époque plein papier rose (muette). Exemplaire tel que paru, non rogné. Imprimé sur bon papier vergé (le papier est encore bien blanc et non jaune comme le laisse penser nos photographies). Petites fentes au dos de la couverture, brochage lâche mais encore solide.

 

Véritable édition originale imprimée le 31 mars 1814 chez les Frères Mame.

 

Cette brochure, imprimée à la hâte chez les frères Mame, rue du Pot-de-Fer n°30, aurait été tirée à plus de 100 000 exemplaires dès les premiers jours de sa parution (entre le 31 mars et le 5 avril 1814). Sans doute ce chiffre est-il très exagéré. 10 000 exemplaires paraîtrait déjà un tirage important pour une brochure politique imprimée à l'époque. Peut-être les tout premiers exemplaires n’ont-ils circulé qu’à partir du 3 avril. Prudence ? hasard ? coïncidence ? Chateaubriand était trop fin stratège pour laisser tant de place au hasard.

 

Le contexte : Napoléon Ier signe son abdication inconditionnelle le 6 avril 1814, à la suite de la défaite de la campagne de France et de l’entrée des Alliés dans Paris. Le Sénat l’avait déjà déchu le 3 avril, et les maréchaux avaient pressé l’Empereur de céder pour éviter la guerre civile. Son idée première — transmettre la couronne à son fils, le roi de Rome — est rejetée : les puissances exigent une abdication pure et simple. Le traité de Fontainebleau du 11 avril lui laisse son titre impérial, la souveraineté de l’île d’Elbe et une rente annuelle de deux millions. Pas si mal, en somme, pour un exilé ! Mais Napoléon, acculé et désespéré, craignant d’être séparé de Marie-Louise et de son fils, décide dans la nuit du 12 au 13 avril de tirer sa révérence à sa manière : il avale une dose du fameux « poison de Condorcet », censé lui garantir une sortie digne et rapide. Mauvais choix de fournisseur : le poison s’avère d’une paresse exemplaire. L’Empereur, en pleine crise de vomissements, découvre qu’il a davantage hérité d’un laxatif d’époque que d’un poison foudroyant. Entre deux haut-le-cœur, il dicte ses dernières volontés à Caulaincourt et s’indigne : « Qu’on a de peine à mourir ! » La formule aurait de quoi faire sourire si elle n’émanait pas d’un homme qui avait expédié tant d’autres vers la mort sans tant de complications gastriques. Le docteur Yvan, sommé d’en fournir une seconde dose, refuse : il n’est pas un assassin — ce qui, venant d’un médecin de Napoléon, a quelque sel. Pris d’une crise de nerfs, il s’enfuit à cheval et on ne le revoit plus. Pendant ce temps, l’Empereur agonise, vomit, maugrée et refuse de signer le traité. Finalement, sa constitution de fer l’emporte : le poison capitule avant lui. Napoléon se relève, s’éponge (le front) et reprend ses activités. À Fontainebleau, même la mort savait attendre ses ordres.

 

Pendant ce temps, à Paris, Chateaubriand commence à sentir tout le succès de son brûlot politique De Buonaparte et des Bourbons. Ce texte incandescent dont on disait qu’il avait « fait plus de mal que cent mille hommes ». Certains l’attribuent à Napoléon lui-même, d’autres à Louis XVIII — peu importe : la formule dit tout. Le pamphlet renverse l’Empereur par la seule force des mots : « Le poids des mots ! Il n’y avait pas encore le choc des photos ! »

 

Chateaubriand y écrit : « On a vanté l’administration de Buonaparte : si l’administration consiste dans des chiffres… certes Buonaparte était un grand administrateur ; il est impossible de mieux organiser le mal, de mettre plus d’ordre dans le désordre. Mais si la meilleure administration est celle qui laisse un peuple en paix, qui nourrit en lui des sentiments de justice et de pitié, qui est avare du sang des hommes… alors le gouvernement de Buonaparte était le pire des gouvernements. »

 

Le succès est tel qu'une seconde édition paraît dans la première quinzaine d’avril, une troisième suit peu après, puis les réimpressions provinciales se multiplient — Dijon, Lyon, Marseille, Bordeaux — jusqu’aux éditions étrangères, de Bruxelles à Londres, dans les jours et les semaines qui suivent. Chateaubriand triomphe.

 

Napoléon part sur son île. La suite, on la connaît : le 1ᵉʳ mars 1815, Napoléon revient pour cent jours… et puis ... Sainte-Hélène ! ...

 

Dans ce pamphlet d’une étonnante vigueur oratoire, Chateaubriand construit un triptyque rhétorique limpide. D’abord, il s’attaque violemment à Napoléon, qu’il dépeint comme un tyran usurpateur, idolâtre de la gloire et destructeur des libertés. L’homme des victoires militaires devient, sous sa plume, le fossoyeur de la France et de l’Europe, l’artisan d’un despotisme aussi stérile que sanglant. Ensuite, l’écrivain oppose à ce tableau sombre la figure lumineuse des Bourbons, symboles de paix, de légitimité et de continuité historique. La monarchie, fondée sur le droit héréditaire et sur la religion, incarne selon lui la seule force capable de ramener la stabilité, la morale et l’unité nationale après vingt-cinq ans de bouleversements. Enfin, Chateaubriand en appelle à la réconciliation des Français : royalistes, bonapartistes lassés et anciens révolutionnaires doivent se rallier au roi, non par nostalgie mais par raison. La monarchie qu’il invoque n’est pas celle de l’absolutisme d’Ancien Régime, mais une monarchie constitutionnelle, ouverte aux libertés modernes, capable de concilier ordre et progrès. Le style du pamphlet participe pleinement de son efficacité. Chateaubriand y déploie une prose lyrique, ample, cadencée, où l’invective politique se mêle au souffle prophétique et à la ferveur morale. Ce n’est plus seulement une argumentation : c’est un acte de foi littéraire et politique. Derrière la véhémence du royaliste se profile le penseur libéral, soucieux de préserver les acquis essentiels de la Révolution tout en restaurant le principe monarchique. Ainsi, De Buonaparte et des Bourbons ne se réduit pas à une diatribe circonstancielle : il marque la naissance d’un romantisme politique où la parole de l’écrivain prétend guider l’histoire. En un moment où tout vacille, Chateaubriand transforme sa plume en instrument de pouvoir. Ce texte, à la fois brûlot et manifeste, scelle l’alliance entre la littérature et la politique dans la France moderne, et ouvre la voie à la carrière publique de son auteur, bientôt pair de France et ministre sous la Restauration.

 

Emouvant exemplaire de la véritable édition originale en condition d'époque.

De Buonaparte et des Bourbons, par Chateaubriand (1814) Edition originale broché

950,00 €Prix
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