Buonaparte et Murat, ravisseurs d'une jeune femme, et quelques-uns de leurs agents complices de ce rapt, devant le tribunal de première instance du département de la Seine. Mémoire historique, écrit par le mari outragé, J. H. F. Revel, Capitaine pensionné. A Paris, de l'imprimerie de L. G. Michaud, 1815
J. H. F. REVEL [BONAPARTE | MURAT | ELEONORE DENUELLE DE LA PLAIGNE]
Buonaparte et Murat, ravisseurs d'une jeune femme, et quelques-uns de leurs agents complices de ce rapt, devant le tribunal de première instance du département de la Seine. Mémoire historique, écrit par le mari outragé, J. H. F. Revel, Capitaine pensionné.
A Paris, de l'imprimerie de L. G. Michaud, 1815
1 volume in-12 (19 x 11 cm) de 212-(1) pages. Complet. Signé à la plume par l'auteur sur le dernier feuillet de texte.
Cartonnage à la bradel plein papier marbré, pièce de titre de maroquin rouge au dos, non rogné (relié sur brochure vers 1820-1830). Cartonnage frotté sur les plats et aux coins, coiffes écrasées. Très bon exemplaire néanmoins, relié solidement à l'époque.
Edition originale.
Unique édition de ce pamphlet à la fois matrimonial et hautement politique.
Jean-François Honoré Revel naît le 11 septembre 1773 à Mougins, dans l’actuel département des Alpes-Maritimes, alors en Provence. Il est le fils de Jean Revel et de Charlotte Angélique Achard, famille dont l’ancrage méridional est attesté par cet acte de naissance. Très vraisemblablement formé à l’écriture administrative et aux usages de l’État, il entre au service de l’administration impériale au tournant du XIXᵉ siècle. Les sources le mentionnent comme employé civil aux écritures, attaché aux services d’un inspecteur général aux revues, fonction qui le place au cœur de l’appareil de contrôle et de gestion militaire. En 1805, il est expressément cité comme attaché à l’inspection du général d’Avrange d’Haugéranville, officier général de premier plan, ce qui confirme son insertion dans les cercles administratifs de l’armée. Il est par ailleurs qualifié de capitaine au quinzième régiment de dragons, grade et affectation mentionnés dans les documents contemporains, bien que la chronologie exacte de cette charge demeure incertaine. Il contracte un premier mariage avant 1804 avec Jeanne Charlotte Achard. Le 13 janvier 1805 (23 nivôse an XIII), il épouse à Saint-Germain-en-Laye (Yvelines) Louise Catherine Éléonore Denuelle de La Plaigne (née en 1787, décédée en 1868), alors âgée de dix-sept ans. Les minutes de l’acte de mariage, conservées aux Archives départementales des Yvelines, livrent un tableau précis du milieu familial de l’épouse : née à Paris, paroisse Saint-Eustache, elle réside boulevard des Italiens chez ses parents, Dominique Denuelle de La Plaigne, rentier, et Françoise Caroline Éléonore Sophie Couppiere, et séjourne également chez Madame Campan, institutrice réputée de la rue des Ursulines. L’acte souligne le consentement formel des parents, présents ou représentés, conformément aux usages civils du Consulat. Cette union est toutefois de courte durée. Le couple divorce le 29 avril 1806 à Paris, moins de seize mois après le mariage. Revel est ensuite impliqué dans diverses affaires d’escroquerie : arrêté, il est condamné à deux ans de prison. Éléonore Denuelle de La Plaigne fait alors appel à l’amitié de Caroline Bonaparte, devenue princesse Murat et altesse impériale, qui la prend à son service comme dame d’annonce, puis comme lectrice. Très vite, Éléonore devient la maîtresse du mari de sa bienfaitrice, puis, sur la recommandation de ce dernier, celle de l’empereur lui-même. Le 13 décembre 1806, sept mois et demi après le prononcé de son divorce, Éléonore Denuelle de La Plaigne met au monde un fils, Charles Léon. Le père en est Napoléon Bonaparte, informé de l’événement le 30 décembre 1806, à Pułtusk : il s’agit de son premier enfant reconnu comme tel. Lorsque la jeune femme se présente au château de Fontainebleau l’année suivante, l’empereur refuse de la recevoir ; elle ne le revoit plus dès lors. L’enfant, que Napoléon ne laissa pas appeler de son propre prénom — « la moitié de mon nom lui suffit », aurait-il déclaré — se fit connaître sous le nom de comte Léon. Pour sa mère, il devint un fardeau, au point qu’il alla jusqu’à la poursuivre en justice afin d’obtenir d’elle des subsides. C’est cette histoire que Revel relate dans son pamphlet, à sa manière. Tout ce qu'il écrit est intéressant et touche de très près l'histoire intime de Napoléon Bonaparte et son entourage à cette période charnière. L’ouvrage est interdit et condamné à la destruction par jugement du tribunal de la Seine en janvier 1816. Abus de pouvoir ? ou simple protection des intérêts d'un état au pouvoir alors très chancelant ? Il ne faut toutefois pas oublier que ce premier fils de Napoléon Bonaparte, le comte Léon (1806-1881), fut celui par lequel l’empereur comprit qu’il n’était pas stérile. C’est en grande partie à la suite de cette naissance qu’il demanda le divorce d’avec Joséphine de Beauharnais, qui ne pouvait lui donner d’héritier (divorce prononcé en 1809). L'aiglon, fils de Napoléon et de Marie-Louise naîtra le 20 mars 1811. Napoléon avait eut un deuxième fils de Marie Walewska, Alexandre Colonna Walewski né le 4 mai 1810 (mort en 1868). Dans son testament, Napoléon Ier accorde à Charles Léon une rente pour son entrée dans la magistrature ainsi que la somme de 320 000 francs destinée à l’achat d’une terre. Plus porté au plaisir qu’au travail, le fils de l’empereur n’occupa jamais de hautes fonctions. Sous le règne de Napoléon III, il se rapproche de Paris et rencontre l’empereur, son cousin. Surnommé « le bâtard infernal » en raison de ses revendications répétées, notamment celle de porter le titre de « prince », Charles Léon devint rapidement une figure gênante pour la famille impériale. Afin de l’éloigner de la capitale, l’empereur lui proposa un poste de préfet ou de maire assorti d’une pension impériale. Dans un premier temps, il accepta cette condition, mais, désireux de se rapprocher de l’image de son père, il revint bientôt à Paris et formula une ultime requête : obtenir le droit de porter le nom de « Bonaparte ». Les conseillers impériaux, hostiles à la légitimation de la lignée du comte Léon, s’y opposèrent fermement. En froid avec l’empereur, Charles Léon s’éloigna une nouvelle fois de Paris au moment de l’éclatement de la guerre franco-prussienne, en 1870. Après 1871 et la chute de l’Empire, il s’installa à Pontoise, où il passa les dernières années de sa vie. Il y mourut le 14 avril 1881, à l’âge de soixante-quatorze ans, dans des conditions relativement modestes. Le comte Léon eut six enfants et laissa une descendance nombreuse, encore attestée au début du XXIᵉ siècle par les lignées féminines.
Provenance : de la bibliothèque Hector Rosset de Salency (avec ex libris).
Bon exemplaire de ce pamphlet intéressant et peu commun, condamné à la destruction, et signé à l'encre par l'auteur comme il se doit.
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