1981 | Patrick Dewaere | 17 tirages originaux argentiques pour le film PLEIN SUD
13 tirages 24 x 17,8 cm papier brillant noir/sépia dont 2 en couleurs
4 tirages 20 x 13,5 cm papier brillant noir (papier marqué SYGMA au dos - agence de presse)
Excellent état de l'ensemble.
Caroline (Clio Goldsmith), en froid avec son amant du moment - un important homme politique - lui annonce qu’elle va le quitter pour le premier venu qui sera surement plus intéressant. Elle tient sa promesse et court après le premier homme qu’elle aperçoit par la fenêtre. Il s’agit de Serge (Patrick Dewaere), un universitaire qui pour les beaux yeux de la mystérieuse jeune femme abandonne tout du jour au lendemain, à commencer par son épouse (Nicole Jamet). Le couple se rend à Barcelone où Serge doit donner une conférence et où il avait promis à sa femme de l’emmener faire une "deuxième lune de miel". Une étrange relation s’établit, plus sensuelle que romantique. La femme fatale semble tirer les ficelles alors que Serge croit retrouver "une liberté totale" en se coupant de son travail, de ses relations, de sa famille et de sa réputation. Totalement obsédé, il en perd même tout son argent... mais semble ne pas s’en soucier.
Plein Sud, réalisé par Luc Béraud en 1981, est le deuxième des trois longs métrages cinéma de ce réalisateur surtout actif à la télévision. Ancien assistant de Jean Eustache, Jacques Rivette puis Claude Miller, Béraud entretient avec ce dernier une collaboration étroite : Miller signe ici le scénario tandis que Béraud passe derrière la caméra. Le film fut cependant remonté contre la volonté de son réalisateur, qui le renia d’abord en partie avant de le considérer, avec le recul, avec davantage d’affection. Mal accueilli par la critique, il fut également un échec commercial.
L’histoire suit Serge, professeur d’université interprété par Patrick Dewaere, qui abandonne brutalement sa femme, son travail et sa vie rangée pour suivre Carole, une jeune femme d’une grande beauté incarnée par Clio Goldsmith. Fasciné presque exclusivement par son physique et par le sexe, il s’engage dans une relation absurde avec une femme froide, égoïste, inculte et mystérieuse. Le film détourne ainsi les codes de la passion amoureuse : plutôt qu’un drame romantique, Plein Sud est une comédie caustique, amorale et volontiers surréaliste, fondée sur l’invraisemblance même de cette passion.
Le personnage de Carole est volontairement difficile à aimer ou même à comprendre. Sa froideur et la prestation très neutre de Clio Goldsmith contribuent à faire d’elle davantage un objet de désir qu’une véritable héroïne romantique. Face à elle, Dewaere compose au contraire un intellectuel devenu totalement irrationnel, sacrifiant tout à une quête sexuelle qui tourne à l’obsession. Son interprétation constitue l’un des principaux atouts du film.
Le récit progresse comme une succession de situations burlesques ou décalées : Serge annonçant par téléphone à sa femme qu’il la quitte alors qu’il est au lit avec une inconnue, une conférence universitaire catastrophique à Barcelone, ses rapports avec un recteur exaspéré, ou encore les personnages extravagants gravitant autour de Carole. Guy Marchand joue un frère macho et grotesque, tandis que Jeanne Moreau campe une mère inquiétante aux allures de maquerelle. Pierre Dux et José Luis López Vázquez complètent cette galerie de personnages insolites.
Le montage imposé au réalisateur rend parfois la narration hachée et confuse, mais cette désorientation finit paradoxalement par correspondre au principe du film : le spectateur est enfermé dans le point de vue de Serge, qui ne comprend lui-même ni Carole ni les événements auxquels il est confronté. Les motivations restent donc volontairement obscures et l’intrigue fonctionne davantage selon une logique d’errance que selon une construction psychologique classique.
Malgré ses maladresses, Plein Sud apparaît rétrospectivement comme une œuvre singulière : fantaisiste, insolente, sexuelle, absurde et délibérément amorale, plus proche de l’univers de Buñuel que de la comédie populaire française traditionnelle. Ses dialogues, ses ruptures de ton et son mélange de réalisme, de burlesque et de surréalisme lui donnent un caractère atypique. Béraud lui-même évoquait un univers situé « entre Malcolm Lowry, Simenon et Raymond Queneau ».
En définitive, le film raconte moins une histoire d’amour que la fuite irrationnelle d’un homme hors de sa propre existence : Serge abandonne la sécurité d’une vie ordonnée pour poursuivre un désir dont il ne comprend ni la nature ni les conséquences. Le spectateur est invité à accepter cette logique de l’absurde plutôt qu’à chercher une explication rationnelle à chaque comportement.
Bel ensemble réunissant sur papier Patrick Dewaere, Jeanne Moreau, Clio Goldsmith et Guy Marchand.
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250,00 €Prix
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