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Lettre autographe de MESRINE Jacques écrou 55-50 3 (42 Rue de la Santé Paris 14e - Prison de la Santé), du lundi 30 août 1976 (n°7) à sa maîtresse du moment Jeanne Schneider (1939-2006).
 

2 pages in folio pleines écrites au stylo à bille bleu.

 

"nanou d’amour

Eh oui j’y suis ! cela ne doit en rien t’en étonner puisque je t’avais prévenue que je n’accepterais pas que l’on joue avec mes nerfs en me faisant changer de cellule tous les huit jours. Et avec le Directeur que j’aie, je ne pouvais m’attendre qu’à ce genre de réaction. J’avais même préparé mes affaires ! C’est-à-dire mon papier à lettre. Il est bon de faire des voyages ! Les cellules du mitard valent la peine d’être connues ! « Le moyen âge quoi ! » Surtout mon ange ne te mêle pas de cette petite guerre et ne te fais aucun soucis, un petit stage à la « dur » me fait toujours beaucoup de bien au moral, il en faudra un peu plus pour me casser. Selon les événements je vais entreprendre une grève de la faim totale … mais pour cela j’attends de voir venir, car ce n’est jamais avec plaisir que l’on se détruit la santé. J’ai prévenu tous les avocats par lettre. Je suis descendu au mitard de façon très calme .. pas de violence .. tout en douceur .. comme vont l’être les articles chocs que je vais faire publier dans la presse. A ce jour je n’ai jamais mis un genou à terre devant la répression … ce n’est pas à 40 ans que je vais commercer. Par contre le type qui est ici n’a pas intérêt à être cardiaque .. tu me comprends !? Je suis dans un bloc de béton sans fenêtre avec absolument rien .. ce qui me rappelle l’USC au Canada … sincèrement ma puce j’aurais regretté de ne pas connaître cela ! Une chose me fait sourire … si le directeur croit résoudre la solution par la répression il commet une très grave erreur ! l’avenir lui en fera la démonstration. Nous sommes bien d’accord mon ange, tu ne fais absolument rien de ton côté ; c’est une affaire d’homme où je prends mes responsabilités « seul ». Je n’ai rien contre le personnel administratif qui a toujours été d’une correction parfaite … mais je savais que cela arriverait … il n’y a que les chiens, qui ont un maître … pas certains hommes dont je fais partie. Je veux la pais … mais je ne refuse jamais la guerre. Dans peu de temps je serai présent aux assises et personne ne me fera fermer ma gueule sur ce que je pense de ce système illogique et indigne d’un pays qui se prétend civilisé. Le mitard n’a de prise que sur celui que cela touche. Je peux faire ma détention sans rien, car j’ai toujours appris à lutter et aucun système, ni aucune menace ne peuvent m’intimider. Même si je dois passer ma vie au mitard je n’accepterai jamais que l’on joue avec moi et que je sois passif à l’imbécilité. Je te le dis mon ange aucun soucis. Au mitard comme ailleurs je reste un homme correct, donc aucun problème à attendre … on ne me provoque pas … je fais de même. Ce n’est pas de la faute des gardiens si je suis ici … c’est moi qui ai choisi … car j’agis comme je parle et je te l’avais dit … à ce sujet je n’ai pas changé. Ce n’est pas une question d’orgueil .. c’est une question de logique et je constate que mon entretien avec monsieur Monteuil n’a servi à rien … je me suis fait avoir ! … à charge de revanche ! Voilà petite fille … garde ton beau sourire … fais comme moi OK. Mes lèvres se posent sur les tiennes en une douce caresse d’amour. Je t’adore .. je ne suis donc jamais seul. Bonne nuit mon aimée. EL VIEJO [Jacques Mesrine]"

 

Belle et importante lettre en bon état. 

 

Informations complémentaires :

 

René Reouven, criminologue, commente : « Il y a chez Mesrine un petit tueur qui se voudrait grand et si l'on peut comptabiliser les crimes qu'il a commis, on ne saurait en faire autant pour ceux qu'il revendique. » En effet, les affaires de meurtre revendiquées par Mesrine ne se rapprochent d'aucun crime réel non élucidé. Le 19 mai 1977, Mesrine est condamné à 20 ans de prison pour vols à main armée, recel et port d'armes par la cour d'assises de Paris présidée par le juge Petit. Durant ce procès, il se produit une anecdote célèbre : il défait le nœud de sa cravate, en sort une petite clé, qu'il proclame être celle de ses menottes procurée par un gardien véreux, puis il la lance aux journalistes présents au tribunal, déclarant ainsi prouver la corruption de la police et de la justice. Il s'avère qu'il s'agissait en fait de la clé servant à ouvrir le cadenas de la télévision de sa cellule. Il est transféré au quartier de haute sécurité de la prison de la Santé. Cette incarcération est à l'origine d'un combat médiatique qu'il entreprend par le biais de la presse afin de faire fermer les quartiers de haute sécurité, qu'il juge dégradants et inhumains. Il parvient à s'évader le 8 mai 1978, à 10 h, accompagné de François Besse. Après son évasion, Jacques Mesrine avait donné le 4 août 1978 une interview à Paris-Match. Le 10 novembre 1978, il tente d'assassiner le juge Charles Petit, président de la cour d'assises de Paris, qui l'avait condamné à vingt ans de prison l'année précédente, en 1977. Le 21 juin 1979, Mesrine enlève le milliardaire Henri Lelièvre de sa maison Le Colinet à Maresché dans la Sarthe, avec la complicité du braqueur Michel Schayewski, tous deux se faisant passer pour deux policiers, avec fausses cartes de police. Vingt-huit jours après l'enlèvement, ils demandent une rançon de six millions de francs et à son fils Henri Lelièvre de choisir une personne de confiance pour l'apporter. À la suite de l'enlèvement du milliardaire Lelièvre, une unité anti-Mesrine est créée en août 1979. Le 10 septembre 1979, Mesrine et un complice tendent un guet-apens dans la forêt d'Halatte (Oise) près de Senlis, au journaliste de Minute Jacques Tillier. Après l'avoir emmené dans les profondeurs d'une cave à champignons, Mesrine le torture, le met à nu, le tabasse et le blesse grièvement par trois balles en lui tirant dans la joue (« pour l'empêcher de dire des conneries »), le bras (« pour l'empêcher d'écrire des conneries ») et la jambe (« par simple plaisir », affirmera-t-il plus tard). Il le laisse pour mort. Mesrine reprochait à ce journaliste de l'avoir diffamé en écrivant qu'il n'était pas une personne « réglo » avec ses associés et que c'était un bandit sans honneur, en août 1979. Fin octobre 1979, Emmanuel Farrugia (commandant de police) et Paul Rément (capitaine de police), hommes du commissaire divisionnaire Lucien Aimé-Blanc, chef de l'Office central pour la répression du banditisme (OCRB), repèrent l'appartement de Mesrine rue Belliard, dans le 18e arrondissement de Paris. Ceci est rendu possible par le biais d'un indicateur (donné par Jacques Tillier qui voulait se venger) qui dénonce Charlie Bauer comme complice actif de Mesrine, et grâce aux écoutes des coups de téléphone que Charlie Bauer passait à Jacques Mesrine. Le 2 novembre 1979 à 15 h 15, Mesrine, au volant de sa voiture avec sa compagne Sylvia Jeanjacquot, est encerclé par les hommes de la BRI, porte de Clignancourt à Paris. Un camion bâché, qui s'est inséré devant son véhicule, dissimule des policiers qui ouvrent le feu. Vingt et une balles sont tirées. L'autopsie constatera la présence de dix-huit impacts de balles à haute vélocité sur son corps. Il est tué en possession de grenades et d'armes de poing dissimulées aux pieds de sa compagne. Celle-ci, grièvement blessée au bras, perd aussi un œil dans la fusillade et son caniche est tué. Jacques Mesrine est enterré au cimetière nord de Clichy, sa ville de naissance. Sa BMW 528i marron métallisée, immatriculée 83 CSG 75 (Sylvia Jeanjacquot raconte l’achat dans son livre Ma vie avec Mesrine, éd. Plon 2011), reste sous scellés de justice vingt-huit ans, dans une fourrière à Bonneuil-sur-Marne, avant d'être broyée dans une casse d'Athis-Mons le 14 mai 2007.

1976 | Jacques Mesrine L'ennemi public n°1 | Lettre autographe à sa maîtresse

1 350,00 €Prix
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