Lettre autographe de MESRINE Jacques écrou N°170979 1/14 42 Rue de la Santé Paris 14e (Prison de la Santé), du mardi 1er janvier 1974 (n°15)
2 pages in folio écrites au stylo à bille bleu.
Tout au long de leurs échanges Jacques Mesrine se faisait appeler Bruno et Jocelyne Deraiche se faisait appeler Joyce.
Joyce chérie, eh voilà une autre année qui nous arrive comment vas-tu petite fille après ces fêtes en famille, cela s'est-il bien passé. Petite Renée a-t-elle eu de beau cadeaux ? Oui mon ange une chose est certaine, je ne pensais pas il y a trois mois que je passerais le jour de l'an en prison je pensais le passer avec toi ... mais je croyais en beaucoup trop de choses en ce temps là !! la réalité il faut savoir l'accepter, tout au moins pour un certain temps. Ici rien de spécial, tu as été en dedans, tu sais donc un peu le genre de vie que je mène, lever 7h une heure de marche repas 11h30... repas 17h30 ... 22h ... coucher quelle belle vie d'action pour l'homme que je suis ! Enfin, il me faut payer mes erreurs et surtout celles des autres. J'ai bon moral, mais suis furieux que tout ce soit mis contre moi pour me faire reprendre. Je ne méritais pas cela en tant qu'homme. Enfin, je n'y peux rien mon ange et si je passe ma vie en dedans jusqu'à x années ! eh bien, c'est bien fait pour ma gueule ; où est le temps où tu t'es précipitée dans mes bras et que tu m'as dit que rien ne nous séparerait ... tu vois chérie la vie ne se passe pas comme dans les romans photos que tu adores lire la vie est plus dure à tenir dans la réalité que dans les romans. Je sais mon ange que tu as certains regrets moi aussi ma poupée j'en ai et je ne peux m'empêcher de penser qu'une certaine giffle que je t'ai donnée à changé tout mon destin, j'avais peut-être tord ce soir là ... le destin s'est vengé et me l'a fait payer cher ... J'aurai peut-être été repris, mais pas en France et en ce moment je serai peut-être détenu mais j'aurais au moins la consolation de te voir. Cela nous coûte cher à tous les deux ma poupée. Comment va ta santé avec cet hiver froid, tu n'as plus ton gros pour te soigner, il est vrai qu'à mon côté tu n'as jamais été malade .. l'amour te protégeait en ce temps là. Tu sais la grande photo publiée pendant la conférence de presse je l'ai encadrée car je la trouve très naturelle et tu as une belle frimousse dessus [...] la vie est drolement faite, rien n'est jamais perdu et je ne suis pas encore un vieil infirme. J'ai perdu ma couleur rousse et maintenant ton gros est brun avec beaucoup de cheveux blancs ! [...] Je pense que je n'ai jamais aimé une femme autant que toi ... mais notre histoire s'est mal terminée mon ange et que nous réserve l'avenir ? [...] que cette année t'apporte tout ce que tu veux. Je pose tendrement mes lèvres sur les tiennes. Je t'aime Joyce et donnerai cher pour être près de toi xxxxx reste courageuse ma poupée il le faut pour nous. Doux bécos d'amour Ton BRUNO.
Belle lettre en bon état.
Informations complémentaires :
René Reouven, criminologue, commente : « Il y a chez Mesrine un petit tueur qui se voudrait grand et si l'on peut comptabiliser les crimes qu'il a commis, on ne saurait en faire autant pour ceux qu'il revendique. » En effet, les affaires de meurtre revendiquées par Mesrine ne se rapprochent d'aucun crime réel non élucidé. Le 19 mai 1977, Mesrine est condamné à 20 ans de prison pour vols à main armée, recel et port d'armes par la cour d'assises de Paris présidée par le juge Petit. Durant ce procès, il se produit une anecdote célèbre : il défait le nœud de sa cravate, en sort une petite clé, qu'il proclame être celle de ses menottes procurée par un gardien véreux, puis il la lance aux journalistes présents au tribunal, déclarant ainsi prouver la corruption de la police et de la justice. Il s'avère qu'il s'agissait en fait de la clé servant à ouvrir le cadenas de la télévision de sa cellule. Il est transféré au quartier de haute sécurité de la prison de la Santé. Cette incarcération est à l'origine d'un combat médiatique qu'il entreprend par le biais de la presse afin de faire fermer les quartiers de haute sécurité, qu'il juge dégradants et inhumains. Il parvient à s'évader le 8 mai 1978, à 10 h, accompagné de François Besse. Après son évasion, Jacques Mesrine avait donné le 4 août 1978 une interview à Paris-Match. Le 10 novembre 1978, il tente d'assassiner le juge Charles Petit, président de la cour d'assises de Paris, qui l'avait condamné à vingt ans de prison l'année précédente, en 1977. Le 21 juin 1979, Mesrine enlève le milliardaire Henri Lelièvre de sa maison Le Colinet à Maresché dans la Sarthe, avec la complicité du braqueur Michel Schayewski, tous deux se faisant passer pour deux policiers, avec fausses cartes de police. Vingt-huit jours après l'enlèvement, ils demandent une rançon de six millions de francs et à son fils Henri Lelièvre de choisir une personne de confiance pour l'apporter. À la suite de l'enlèvement du milliardaire Lelièvre, une unité anti-Mesrine est créée en août 1979. Le 10 septembre 1979, Mesrine et un complice tendent un guet-apens dans la forêt d'Halatte (Oise) près de Senlis, au journaliste de Minute Jacques Tillier. Après l'avoir emmené dans les profondeurs d'une cave à champignons, Mesrine le torture, le met à nu, le tabasse et le blesse grièvement par trois balles en lui tirant dans la joue (« pour l'empêcher de dire des conneries »), le bras (« pour l'empêcher d'écrire des conneries ») et la jambe (« par simple plaisir », affirmera-t-il plus tard). Il le laisse pour mort. Mesrine reprochait à ce journaliste de l'avoir diffamé en écrivant qu'il n'était pas une personne « réglo » avec ses associés et que c'était un bandit sans honneur, en août 1979. Fin octobre 1979, Emmanuel Farrugia (commandant de police) et Paul Rément (capitaine de police), hommes du commissaire divisionnaire Lucien Aimé-Blanc, chef de l'Office central pour la répression du banditisme (OCRB), repèrent l'appartement de Mesrine rue Belliard, dans le 18e arrondissement de Paris. Ceci est rendu possible par le biais d'un indicateur (donné par Jacques Tillier qui voulait se venger) qui dénonce Charlie Bauer comme complice actif de Mesrine, et grâce aux écoutes des coups de téléphone que Charlie Bauer passait à Jacques Mesrine. Le 2 novembre 1979 à 15 h 15, Mesrine, au volant de sa voiture avec sa compagne Sylvia Jeanjacquot, est encerclé par les hommes de la BRI, porte de Clignancourt à Paris. Un camion bâché, qui s'est inséré devant son véhicule, dissimule des policiers qui ouvrent le feu. Vingt et une balles sont tirées. L'autopsie constatera la présence de dix-huit impacts de balles à haute vélocité sur son corps. Il est tué en possession de grenades et d'armes de poing dissimulées aux pieds de sa compagne. Celle-ci, grièvement blessée au bras, perd aussi un œil dans la fusillade et son caniche est tué. Jacques Mesrine est enterré au cimetière nord de Clichy, sa ville de naissance. Sa BMW 528i marron métallisée, immatriculée 83 CSG 75 (Sylvia Jeanjacquot raconte l’achat dans son livre Ma vie avec Mesrine, éd. Plon 2011), reste sous scellés de justice vingt-huit ans, dans une fourrière à Bonneuil-sur-Marne, avant d'être broyée dans une casse d'Athis-Mons le 14 mai 2007.
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950,00€Prix
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