Lettre autographe de MESRINE Jacques écrou 1-17 N°167871 42 Rue de la Santé Paris 14e (Prison de la Santé), du dimanche 3 juin 1973 (n°28)
2 pages in folio écrites au stylo à bille bleu.
Tout au long de leurs échanges Jacques Mesrine se faisait appeler Bruno et Jocelyne Deraiche se faisait appeler Joyce.
Joyce Chérie, hier soir à 10 heures juste j'ai pensé à toi ! et toi mon bébé ... peut-être avais-tu oublié (sic !). Ce matin je me suis réveillé de très bonne humeur et je chantais doucement la chanson de Claude Blanchard "j'suis bonne humeur !" et j'ajoutais ... ma jojo aussi ! comme tu le vois je suis un peu fou ! mais cela n'est pas grave nous avons de bons médecins en France ! (sic !) Ce matin à ma marche, ma partie de ballon comme tous les jours pour perdre mon gros ventre ! et cet après-midi nous avons eu un film comique, c'était très bon ! pour une fois ! nous avons cinéma une fois par mois ce n'est pas beaucoup mais c'est mieux que rien. [...] Je t'ai fait un dessin, il n'est pas très bien fait si je lui avait fait des cheveux blonds il aurait été plus beau, mais tu m'as demandé un "brun" alors comme t'es la T... et que je tremble ! j'ai exécuté tes demandes ! de toute façon il est fait avec amour et c'est cela qui compte hein petit chatte ! Si j'avais été libre aujourd'hui je t'aurais emmenée à Trouville au casino et tu m'aurais regarder perdre comme d'habitude que veux-tu ma belle poupée malheureux au jeu heureux en amour, on ne peut pas tout avoir ! moi j'ai l'amour et je me moque du jeu ! de toute façon la dernière fois que nous y sommes allés nous avions passé une bonne soirée. Tout cela reviendra un jour, malgré que c'est plutôt une île déserte qu'il me faudra ... avec beaucoup de moustiques ! et ma jojo !! car toi tu m'as piqué au coeur, tu es le plus joli moustique que j'ai rencontré ... c'est peut-être pour cela que je ne t'ai pas écrasé au mur à coup de savatte ! (sic). Si tu savais, petite chérie comme j'ai besoin de toi, dans la journée très souvent je vis dans ma cellule comme si tu étais là, je pense que tu es dans la pièce à côté et que je suis tout simplement sur le lit de ma chambre ! mais la réalité est toute autre hein mon bébé ! enfin nous allons garder courage tous les deux et crois le ma belle poupée que le jour où nous serons de nouveau ensemble il faudra nous tuer pour nous séparer. Mais pour l'instant et pour longtemps ton gros est logé et nourri cela ne vaut pas le Sheraton Macuto, mais je n'y peux rien. De toute façon je ne pense pas à cela je suis trop amoureux pour voir ma cellule, je suis en dehors de toutes ces choses là. Peut-être qu'un jour tu auras le droit de visite, espérons le !! J'ai mal dans le dos et j'aurais besoin d'une jolie masseuse ! Veux-tu venir me rejoindre mon ange ... tu te souviens, à New York ! c'était pas mal !mon bébé ! tu avais aimé cela ! moi aussi ... oui, oui, ma petite T... tu t'étais laissée faire, tu es une vraie petite chatte qui aime se laisser caresser par son "BOSS" ok ! jolie poupée ! il faut reconnaître qu'au lit tu serais du genre "très bien" tu as eu un assez bon professeur ! et c'est lui qui en a profité avec l'amour on apprend vite c'est cela que tu allais me répondre mon ange ? Enfin ça reviendra tout cela et il le faut. Bon ma belle poupée demain deux lettres pour ton gros ! Je te quitte pour ce soir en posant de très gros bécos d'amour sur ta jolie frimousse de poupée que j'adore xxxxx je t'aime Ton BRUNO.
Informations complémentaires :
René Reouven, criminologue, commente : « Il y a chez Mesrine un petit tueur qui se voudrait grand et si l'on peut comptabiliser les crimes qu'il a commis, on ne saurait en faire autant pour ceux qu'il revendique. » En effet, les affaires de meurtre revendiquées par Mesrine ne se rapprochent d'aucun crime réel non élucidé. Le 19 mai 1977, Mesrine est condamné à 20 ans de prison pour vols à main armée, recel et port d'armes par la cour d'assises de Paris présidée par le juge Petit. Durant ce procès, il se produit une anecdote célèbre : il défait le nœud de sa cravate, en sort une petite clé, qu'il proclame être celle de ses menottes procurée par un gardien véreux, puis il la lance aux journalistes présents au tribunal, déclarant ainsi prouver la corruption de la police et de la justice. Il s'avère qu'il s'agissait en fait de la clé servant à ouvrir le cadenas de la télévision de sa cellule. Il est transféré au quartier de haute sécurité de la prison de la Santé. Cette incarcération est à l'origine d'un combat médiatique qu'il entreprend par le biais de la presse afin de faire fermer les quartiers de haute sécurité, qu'il juge dégradants et inhumains. Il parvient à s'évader le 8 mai 1978, à 10 h, accompagné de François Besse. Après son évasion, Jacques Mesrine avait donné le 4 août 1978 une interview à Paris-Match. Le 10 novembre 1978, il tente d'assassiner le juge Charles Petit, président de la cour d'assises de Paris, qui l'avait condamné à vingt ans de prison l'année précédente, en 1977. Le 21 juin 1979, Mesrine enlève le milliardaire Henri Lelièvre de sa maison Le Colinet à Maresché dans la Sarthe, avec la complicité du braqueur Michel Schayewski, tous deux se faisant passer pour deux policiers, avec fausses cartes de police. Vingt-huit jours après l'enlèvement, ils demandent une rançon de six millions de francs et à son fils Henri Lelièvre de choisir une personne de confiance pour l'apporter. À la suite de l'enlèvement du milliardaire Lelièvre, une unité anti-Mesrine est créée en août 1979. Le 10 septembre 1979, Mesrine et un complice tendent un guet-apens dans la forêt d'Halatte (Oise) près de Senlis, au journaliste de Minute Jacques Tillier. Après l'avoir emmené dans les profondeurs d'une cave à champignons, Mesrine le torture, le met à nu, le tabasse et le blesse grièvement par trois balles en lui tirant dans la joue (« pour l'empêcher de dire des conneries »), le bras (« pour l'empêcher d'écrire des conneries ») et la jambe (« par simple plaisir », affirmera-t-il plus tard). Il le laisse pour mort. Mesrine reprochait à ce journaliste de l'avoir diffamé en écrivant qu'il n'était pas une personne « réglo » avec ses associés et que c'était un bandit sans honneur, en août 1979. Fin octobre 1979, Emmanuel Farrugia (commandant de police) et Paul Rément (capitaine de police), hommes du commissaire divisionnaire Lucien Aimé-Blanc, chef de l'Office central pour la répression du banditisme (OCRB), repèrent l'appartement de Mesrine rue Belliard, dans le 18e arrondissement de Paris. Ceci est rendu possible par le biais d'un indicateur (donné par Jacques Tillier qui voulait se venger) qui dénonce Charlie Bauer comme complice actif de Mesrine, et grâce aux écoutes des coups de téléphone que Charlie Bauer passait à Jacques Mesrine. Le 2 novembre 1979 à 15 h 15, Mesrine, au volant de sa voiture avec sa compagne Sylvia Jeanjacquot, est encerclé par les hommes de la BRI, porte de Clignancourt à Paris. Un camion bâché, qui s'est inséré devant son véhicule, dissimule des policiers qui ouvrent le feu. Vingt et une balles sont tirées. L'autopsie constatera la présence de dix-huit impacts de balles à haute vélocité sur son corps. Il est tué en possession de grenades et d'armes de poing dissimulées aux pieds de sa compagne. Celle-ci, grièvement blessée au bras, perd aussi un œil dans la fusillade et son caniche est tué. Jacques Mesrine est enterré au cimetière nord de Clichy, sa ville de naissance. Sa BMW 528i marron métallisée, immatriculée 83 CSG 75 (Sylvia Jeanjacquot raconte l’achat dans son livre Ma vie avec Mesrine, éd. Plon 2011), reste sous scellés de justice vingt-huit ans, dans une fourrière à Bonneuil-sur-Marne, avant d'être broyée dans une casse d'Athis-Mons le 14 mai 2007.
top of page
950,00€Prix
bottom of page
