Frans de Geetere illustre Un été à la campagne (Gustave Droz) en 1928 | Un des 100 exemplaires sur Arches avec 10 eaux-fortes en noir et un frontispice aquarellé à la main par l'artiste. Rare livre d'artiste clandestin érotique.
Gustave DROZ ? [Frans de Geetere, illustrateur et éditeur]
Un été à la campagne, correspondance de deux jeunes parisiennes recueillie par un auteur à la mode. Illustrée de dix eaux-fortes et d'une aquarelle originale.
Imprimé sous le manteau et ne se vend nulle part, MCMXVIII [1918 i.e. 1928]
1 volume in-4 (25,1 x 17,3 cm) de (4)-152-(1) pages. Avec 1 frontispice en 2 états dont l'état mis en couleurs au pinceau par l'artiste, tiré sur papier du Japon (dénommé aquarelle originale sur la page de titre) et 9 eaux-fortes en noir, le tout par Frans de Geetere.
Cartonnage bradel plein papier marbré strictement de l'époque (dos muet pour la discrétion). La couverture imprimée n'a pas été conservée. Relié sur brochure, non rogné, seule la tête a été poncée et teintée en jaune-orange. Belle impression du texte et des estampes sur papier vergé d'Arches fort. Très frais.
Tirage unique à 165 exemplaires seulement.
Celui-ci, un des 100 exemplaires sur papier d'Arches à la forme (numéroté 124 au composteur).
Il a été tiré 9 exemplaires sur Japon impérial, 29 exemplaires sur simili-Japon rose et 36 exemplaires sur papier de Montval à la main.
"Edition publiée en 1928. Elle est ornée de 10 belles eaux-fortes originales de Frans de Geetere qui fut aussi l'éditeur de cet ouvrage. L'aquarelle originale est une eau-forte aquarellée." (Dutel).
L'édition originale a paru pour la première fois à Bruxelles en la fin de l'année 1867 et porte la date de 1868. Poulet-Malassis en a été l'éditeur. Cet ouvrage fut condamné par le tribunal correctionnel de Lille le 6 mai 1868. "Cette débauche d'esprit est d'autant plus dangereuse qu'elle n'effarouche pas le lecteur et corrompt les imaginations en rendant presque le vice aimable" (Fernand Drujon, Catalogue des ouvrages poursuivis, supprimés ou condamnés". Il fut néanmoins plusieurs fois réimprimé en peu de temps et ensuite devint un texte classique de la littérature clandestine qui donna lieu à plusieurs très belles éditions illustrées telle que celle-ci.
"Un été à la campagne n'est pas seulement un petit roman plein d'esprit, et du plus gaulois, c'est encore une des productions les plus singulières de la fin du second Empire, dont il évoque le dévergondage plein de bonhomie et de simplicité. Cette époque sut allier les raffinements et l'élégance avec beaucoup de bon sens. L'apparence pleine de chic, de gaieté et en même temps d'une louable pondération qu'avait la société sous Napoléon III fait tout le charme de cette amusante production mi-innocente, mi-licencieuse, mais dans laquelle aucune expression grossière ne vient blesser le lecteur." (Guillaume Apollinaire, introduction à l'édition de 1900).
Ce livre fut immédiatement condamné à la destruction pour outrages à la morale publique et aux bonnes mœurs. Il se plaît à dépeindre la découverte des plaisirs charnels de deux adolescentes. ''Comme nous ne voulons pas prendre notre monde en traître, noue engageons fort les gens à principes sévères, à mœurs aussi austères que leurs principes, nous engageons fort les chastes, les dévots, les prudes et tous ceux, en un mot, qui ont la prétention de faire leur salut à grand renfort de macérations et de continence, à se bien garder d'ouvrir ce livre, dont la lecture compromettrait gravement, nous les en prévenons, les chances qu'ils peuvent avoir à une stalle numérotée dans le paradis.'' (Avant-propos des éditions anciennes).
''Ce roman érotique moderne attribué à la plume élégante de Droz peut soutenir la comparaison avec d'autres productions de XVIIIème siècle en ce genre. Il offre cette particularité, comme Gamiani, que, bien qu'on y trouve des scènes d'une extrême licence, on n'y rencontre pas une seule expression libre. Cette débauche d'esprit est d'autant plus dangereuse qu'elle n'effarouche pas le lecteur et corrompt les imaginations en rendant presque le vice aimable.'' (Perceau).
Frans de Geetere (1895-1968), né François Joseph Jean de Geetere à Auderghem, dans la périphérie de Bruxelles, se forme à l’Académie des Beaux-Arts de la capitale belge avant de se détourner rapidement de l’enseignement académique qui y prévaut. Aux côtés de sa compagne, la peintre May den Engelsen, il gagne Paris à bord d’une péniche, qu’ils amarrent quai de Conti, à proximité du Pont Neuf, adoptant un mode de vie résolument bohème. À la fin des années 1920, le couple fréquente Harry et Caresse Crosby, figures emblématiques de l’avant-garde parisienne. Dans une lettre adressée à sa mère, Harry Crosby écrit : « S’il est possible que deux personnes soient amoureuses de deux autres, alors nous sommes amoureux d’eux. » Sa disparition tragique, survenue à la suite du krach de Wall Street en 1929, marque profondément ce cercle. En 1930, Frans de Geetere présente une exposition à la Galerie de la Plume d’Or, introduite par le critique André Warnod. Cet événement constitue cependant l’un des derniers jalons significatifs de sa carrière. Son œuvre s’inscrit dans la filiation du symbolisme belge, et plus particulièrement dans l’orbite de Fernand Khnopff. Les eaux-fortes de De Geetere se distinguent par une tonalité sombre et inquiétante, traversée par une tension constante entre sexualité troublée et angoisse existentielle. Cette imagerie, dense et ambiguë, confère aujourd’hui à son travail une modernité saisissante, que l’on peut rapprocher, par affinité, des univers de Paula Rego ou encore de Jake et Dinos Chapman. Tombé dans un relatif oubli de son vivant, l’artiste intitule un recueil de mémoires partiellement fictionnalisées, autoédité depuis sa péniche Marie-Jeanne, L’homme qui oublia de mourir, titre à la résonance programmatique. Une redécouverte critique s’opère au début du XXIe siècle, notamment à travers l’exposition qui lui est consacrée au Centraal Museum d’Utrecht en 2007, accompagnée de la publication d’un ouvrage de référence signé Jan Juffermans. Par ailleurs, certaines eaux-fortes attribuées à Frans de Geetere doivent être rapprochées du travail de May den Engelsen ; il est vraisemblable qu’elles résultent d’une collaboration étroite entre les deux artistes. Voir : Jan Juffermans, Frans de Geetere, 2006.
La puissance des compositions érotiques de Frans de Geetere doit, sans conteste possible, le placer au rang des meilleurs artistes de son temps.
Référence : Dutel, Bibliographie des ouvrages érotiques publiés clandestinement en français entre 1920 et 1970, n°2545 ; Pia, Les Livres de l'Enfer, n°1465
Bel exemplaire de ce superbe livre érotique illustré rare et recherché.
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1 450,00€Prix
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