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Janvier 1815 | Réflexions sur l'intérêt général de l'Europe, suivies de quelques considérations sur la noblesse. Par M. de Bonald. Edition originale. Bon exemplaire à relier à la bradel d'un des premiers ouvrages à traiter de la construction européenne moderne.

 

DE BONALD (Louis)

 

Réflexions sur l'intérêt général de l'Europe, suivies de quelques considérations sur la noblesse. Par M. de Bonald.

 

Paris, Le Normant, imprimeur-libraire, 1815 (imprimerie de Le Normant, rue de Seine)

 

Brochure in-8 (20,8 x 12,4 cm) de 79 pages. Dérelié (anciennement relié dans un volume). Rogné avec cahiers solidement tenus ensemble (il faut simplement envisager un cartonnage à la bradel). Quelques rousseurs mais bon papier de qualité. Complet.

 

Edition originale.

 

Brochure parue en janvier 1815.

Cette brochure n'était qu'une application particulière des doctrines générales de l'auteur.

 

Considérant l'ensemble des États de l'Europe comme une république chrétienne, il voulait qu'au congrès de Vienne ils recommençassent l'œuvre des congrès de Munster et d'Osnabrück. Le but, à Vienne comme à Munster, disait-il en substance, est d'organiser le corps germanique : on voulait, en 1648, opposer la ligue protestante à la maison d'Autriche ; on veut à Vienne opposer, en Allemagne, des puissances plus fortes et plus indépendantes à l'ambition présumée de la France. En un mot, de Bonald voit ici plus de variété dans la forme que de changement dans le fond ; mais il espère que les résultats du congrès de Vienne auront plus de durée et de solidité que ceux du congrès de Munster. Ce n'est pas seulement, continue-t-il, la paix qu'on attend aujourd'hui, c'est l'ordre, c'est une constitution définitive de l'Europe. Les deux bases sur lesquelles cet ordre peut reposer sont la religion et la monarchie. L'esprit populaire régnait au temps du traité de Westphalie, l'esprit monarchique domine aujourd'hui. De Bonald remarque toutefois que ce n'est pas sans quelques modifications. Les religions nouvelles, qui d'abord n'ont demandé que la tolérance, obtiendront à présent l'égalité. Cette égalité peut conduire à la réunion, à l'unité, à cette concorde parfaite que Bossuet et Leibnitz jugeaient possible. Ce qu'on appelait l'équilibre de l'Europe fut le principal fruit du traité de Westphalie ; l'ordre est tout autre chose. L'équilibre ne fut imaginé que lorsqu'il y eut partage et scission dans les doctrines politiques et religieuses ; dans le système de l'équilibre, toutes les puissances restent armées.


« C'est de là, dit-il, qu'est venue la lumière, c'est de là encore que viendront l'ordre et la paix des esprits et des cœurs. »

Les Considérations sur la noblesse, qui viennent ensuite, sembleraient au premier aperçu faire un ouvrage séparé ; mais si l'on parvient à entrer dans les pensées de l'auteur, on aperçoit les rapports qui réunissent les deux branches de son sujet. Ce n'est pas en effet seulement une noblesse particulière, la noblesse française par exemple, qu'il envisage dans cette brochure, c'est sur toute la noblesse européenne que s'étendent et que reposent les observations de sa philosophie politique ; et de même qu'à ses yeux il n'est en Europe qu'un seul État, il n'est aussi qu'une seule noblesse.

Qu'est-ce que la noblesse suivant lui ? C'est une institution naturelle et nécessaire de la société. La nécessité du pouvoir entraîne celle de la noblesse. Ici l'auteur se jette dans une suite d'abstractions, on peut dire insaisissables ; puis voici sa conclusion, d'ailleurs entourée de nuages comme le reste de ses déductions.


« La première et peut-être la seule institution qui manque à nos sociétés d'Europe est l'institution ou la constitution du corps chargé du ministère public. La noblesse, longtemps gouvernée par les mœurs, devrait l'être aujourd'hui par les lois ; car lorsque les mœurs sont perdues, il faut les écrire pour les retrouver. Il faut donc instituer la noblesse dans son état politique et même dans son état domestique, en faire réellement un ordre, c'est-à-dire un corps de familles dévouées au service public, et tout régler enfin dans des hommes qui doivent être la règle vivante de tous. Elle est aujourd'hui un objet de jalousie par de vaines décorations et de frivoles distinctions ; elle serait alors, pour les âmes faibles, un objet de terreur et d'épouvante par la sévérité de ses maximes, l'étendue de ses engagements et l'austérité de ses devoirs. »
 

Louis-Gabriel-Ambroise de Bonald, vicomte de Bonald (1754-1840), fut l’un des principaux théoriciens de la pensée contre-révolutionnaire française et du traditionalisme catholique. Issu d’une ancienne famille noble du Rouergue, il accueille d’abord avec prudence les débuts de la Révolution française avant de s’y opposer radicalement après la remise en cause de l’ordre monarchique et religieux. Émigré en 1791, il compose en exil sa grande œuvre, Théorie du pouvoir politique et religieux (1796), où il affirme que la société ne résulte pas d’un contrat entre individus mais d’un ordre naturel voulu par Dieu, reposant sur la religion, la famille et l’autorité politique. Adversaire des idées de Jean-Jacques Rousseau et de la philosophie des Lumières, il défend une vision organique de la société dans laquelle les institutions précèdent et façonnent l’individu. Sous la Restauration française, il devient l’un des penseurs majeurs du courant ultra-royaliste, est élu député puis pair de France, et participe notamment au combat qui conduit à l’abolition du divorce en 1816. Écrivain prolifique, auteur de Législation primitive et de Du divorce considéré au XIXᵉ siècle, il développe également une réflexion originale sur le langage, qu’il considère comme une transmission divine et sociale plutôt qu’une création humaine. Retiré de la vie politique après la révolution de 1830, il meurt à Millau en 1840. Longtemps réduit à l’image d’un penseur réactionnaire, Bonald apparaît aujourd’hui comme une figure essentielle de la philosophie politique du XIXᵉ siècle, dont l’œuvre interroge les rapports entre individu, société, tradition et pouvoir.

 

Bon exemplaire à relier à la bradel d'un des premiers ouvrages à traiter de la construction européenne moderne.

1815 | Réflexions sur l'intérêt général de l'Europe, par Louis de Bonald | EO

200,00 €Prix
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