COURTILZ DE SANDRAS (Gatien)
Mémoires de Mr. d'Artagnan, Capitaine Lieutenant de la première Compagnie des Mousquetaires du Roi contenant quantité de choses particulières et secrettes qui se sont passées sous le Règne de Louis le Grand.A Amsterdam, chez Pierre de Coup, 17153 volumes in-12 (161 x 105 mm | hauteur des marges : 156 mm) de (8)-564-(15), 636-(12) et 598-(16) pages. Pages de titre imprimées en rouge et noir.Reliure plein maroquin rouge janséniste, titres et tomaisons dorés au dos, double filet doré sur les coupes, jeu de roulettes et filets dorés en encadrement intérieur des plats, doublures et gardes de papier peigne, tranches dorées sur marbrure (reliure signée TRAUTZ-BAUZONNET, exécutée vers 1860-1870). Superbe état de conservation.Intéressante édition hollandaise ancienne.L'édition des Mémoires de d'Artagnan est une affaire éditoriale singulière. On sait que le premier volume seul avait été publié sous la date de 1700 à Cologne chez Pierre Marteau. Ce premier volume a 564 pages et une table des matières (comme notre édition). Il est imprimé "FIN" à la fin de ce premier volume de 1700. Il semble évident qu'au moment de l'édition de ce premier volume, les deux volumes suivants n'étaient alors pas prévus. Nous avons pu comparer le premier tome de notre exemplaire daté 1701 avec ce premier volume daté 1700. Il s'avère que le tirage des deux volumes est identique en tous points à la coquille près. Seul la page de titre a été changée. On peut donc en conclure qu'il n'y a eu qu'un seul tirage de ce premier volume en 564 pages plus la table et que ce sont les volumes imprimés en 1700 dont seul le titre a été changé. Ce changement s'est opéré pour venir compléter les deux volumes qui ont suivi et portant eux aussi la date de 1701, eux aussi avec table et imprimés avec les mêmes caractères et employant les mêmes ornements. On peut considérer à juste titre cette série en 3 volumes portant la date de 1700 pour les 3 volumes comme étant une contrefaçon de la véritable première édition de ce texte (le premier volume ayant été en réalité imprimé en 1700, certainement à seulement quelques semaines d'intervalle avec les deux suivants). Un exemplaire que nous avons eu en mains du premier volume en 564 pages et portant la date de 1700 était relié à l'époque avec les Mémoires de Chavagnac dans l'édition de 1700 également. Ce volume particulièrement intéressant, car il rassemble sous une élégante reliure hollandaise de l'époque le premier tome des Mémoires de d'Artagnan, daté de 1700 et comprenant 564 pages avec table des matières, et les Mémoires de Chavagnac, prouvait que ce premier volume des Mémoires de d'Artagnan publié en 1700 avait tout d'abord paru seul (sans les deux volumes qui suivront de près). La complexité de cette chronologie éditoriale, dont tout est loin d'avoir été démêlé, laisse apparaître d'autres éditions parues sous la date de 1700 et 1701. Il existe ainsi également une édition en trois volumes tous datés de 1700, mais sans table des matières (cet exemplaire), ainsi qu'une autre où seul le premier volume, sans indication de tomaison, est daté de 1700 avec table, tandis que les deux suivants, datés de 1701, comportent aussi une table. L'édition en trois volumes datés de 1700 mais sans table aurait été réalisée ultérieurement, probablement en antidatant les tomes 2 et 3. Un autre tirage de 1700, avec un titre imprimé en noir, est également connu. Il existe encore des éditions portant la date de 1702, 1703 et une édition de 1704 en 4 volumes. Vient ensuite notre édition hollandaise de 1715 qui semble reprendre presque ligne pour ligne et mot pour mot la première édition de 1700 dont le premier volume est en 564 pages également.Le d’Artagnan historique, celui campé par Courtilz de Sandras et celui de Dumas qui s’en est inspiré ont quelques points communs : tous trois cadets de Gascogne, montant à Paris pour « prendre du service », devenant des mousquetaires courageux et fidèles. Charles Ogier de Batz naît vers 1612 à Castelmore près de Lupiac en Gascogne. Il entre vers 1633 dans la compagnie des mousquetaires, prend le nom de sa mère, d'Artagnan, et le titre de comte. En 1646, les mousquetaires sont licenciés et d’Artagnan entre au service de Mazarin parmi ses « gentilshommes ordinaires ». Sa fidélité au ministre et au roi pendant les troubles de la Fronde lui valent quelques missions délicates, qui révèlent son tact et son humanité, ainsi que des rétributions, comme la charge de capitaine des petits chiens du Roi courant le chevreuil… Lorsque les mousquetaires sont reconstitués, il devient lieutenant puis capitaine-lieutenant de la première compagnie en 1667. Maréchal de camp en 1672, il meurt au siège de Maastricht l’année suivante. (notice Musée de l'Armée).Gatien Courtilz de Sandras (1644 -1712) suit une carrière militaire entre 1660 et 1679, passant notamment par les mousquetaires gris. Puis il se fait écrivain, rédigeant des mémoires apocryphes, notamment sur d'Artagnan, Mr de Rochefort, mais aussi des chroniques scandaleuses et des ouvrages politiques. Son œuvre reflète les ambitions et les frustrations de l’aristocratie encore féodale tenue en bride par l’Absolutisme. Sa liberté de ton le mènera d’ailleurs à la Bastille où il séjournera de 1693 à 1699. Dumas s’est largement inspiré de ces pseudo–mémoires pour écrire les Trois mousquetaires, Courtilz lui fournissant les personnages d’Athos, de Porthos, d’Aramis ou de Milady et de nombreuses anecdotes. (notice Musée de l'Armée).A propos du véritable d'Artagnan nous avons le témoignage de Madame de Sévigné qui écrit dans une lettre datée du 27 novembre 1664 adressée à M. de Pomponne : "[...] Il faut que je vous conte ce que j’ai fait. Imaginez-vous que des dames m’ont proposé d’aller dans une maison qui regarde droit dans l’Arsenal, pour voir revenir notre pauvre ami [Nicolas Fouquet]."Références : Jean Lombard, Courtilz de Sandras et la crise du roman à la fin du grand siècle, 1980 (PUF) ; Woodbridge, Gatien de Courtilz : Etude sur un précurseur du Roman réaliste France (Puf, 1925) | un exemplaire de cette édition de 1715 relié en maroquin rouge par Hardy était coté 150 francs or au Bulletin Morgand (n°14910 - n°22 de janvier 1888 "Edition bien imprimée").Provenance : exemplaire provenant de la bibliothèque Jacques Du Tillet, avec son ex-libris gravé sur cuir et doré (croix pattée). La famille Du Tillet, qui remonte au XVIe siècle, était composée de magistrats et de bibliophiles encore actifs au XIXe siècle (d’or à la croix pattée et alésée de gueule). A priori, d’après nos recherches, ce Du Tillet avait fait relier plusieurs ouvrages par Trautz-Bauzonnet vers 1860-1879, ce qui montre un goût certain pour cet excellent relieur de son époque. Il a également fait relier des ouvrages par Belz. Sa bibliothèque a été vendue en 1938-1939. Selon la généalogie de la famille, il pourrait s’agir de Charles-Maximilien Du Tillet (1816-1902), receveur général des finances. Le volume est sans doute passé ensuite dans la bibliothèque de son fils, Jacques du Tillet (1857-1942), journaliste, écrivain de littérature légère et critique connu sous le nom de Jean Malic, à moins que ce ne soit lui le premier acquéreur et le commanditaire de la reliure, exécutée alors qu’il n’avait qu’une vingtaine d’années — Georges Trautz meurt en 1879 et a donc pu relier jusqu’à peu avant cette date, soit jusqu’aux 22 ans de Jean Malic.Superbe exemplaire, parfaitement établi par le maître relieur Trautz-Bauzonnet, de cette édition hollandaise ancienne rare.
1715 | Mémoires de d'Artagnan, Capitaine des Mousquetaires du Roi | Courtilz
3 500,00€Prix
