Jean BERNIER, Sieur de PEPINOCOURT (pseudonyme)RÉFLEXIONS, PENSÉES, ET BONS MOTS, qui n'ont point encore été donnés. Par le Sieur Pepinocourt.A Paris, chez Guillaume de Luyne, Laurens d'Houry, Simon Langronne et Charles Osmond, 1696.1 volume in-12 de (16)-192 pages. Débroché (les cahiers se tiennent encore bien à l'exception du premier qui se détache). Sans couverture. Excellent état. 2 feuillets inversés, complet.ÉDITION ORIGINALE.Achevé d'imprimer pour la première fois le 5 juin 1696.Cet amusant ouvrage serait l'œuvre d'un Sieur de Pépinocourt.
Paul Lacroix, le Bibliophile Jacob, dans le Bulletin du Bibliophile commente cet ouvrage : "Va donc pour le Sieur de Pépinocourt qui a droit à une mention dans la bibliographie curieuse. Son recueil est bien fait, plein d'observations fines et spirituelles, et semé de curieux détails de moeurs. L'auteur l'avait formé pour réveiller le caprice du public qui commençait à se dégouter des "anas", parce que les libraires avaient abusé de ce genre d'ouvrages. (...) Il y a plusieurs éditions de ce recueil lu et à lire." (Bulletin du Bibliophile, Janvier 1857). Pour d'autres le sieur de Pépinocourt ne serait autre que le pseudonyme de Jean Bernier, auteur d'un anti-menagiana.
Recueil de réflexions, sentences et bons mots publié à Paris en 1696 sous le nom de Pepinocourt, cet ouvrage s’inscrit pleinement dans la tradition des moralistes de la fin du XVIIᵉ siècle, mais avec une position très consciente de son époque : il se situe après La Rochefoucauld et à côté de La Bruyère, tout en prenant ses distances avec la prolifération des ana jugés bavards, indigests ou mensongers. Loin d’un système psychologique serré à la manière des Maximes, le livre procède par formes brèves et discontinues – pensées, traits, observations – et s’attache surtout aux mœurs du monde lettré : auteurs, libraires, imprimeurs, critiques, cabales, modes intellectuelles, vanité de l’écrit et illusions de la réputation. L’esprit en est satirique sans être violent, moral sans être dogmatique, souvent très concret, nourri de l’expérience du livre comme objet social et commercial. Plus proche de La Bruyère par ses sujets (peinture des usages, ironie sociale) que de La Rochefoucauld par sa profondeur spéculative, l’ouvrage relève d’un art de la réflexion en conversation, destiné au lecteur cultivé qui cherche moins une doctrine qu’un regard lucide et vif sur la littérature, ses acteurs et ses travers.
Nous prendrons pour exemple les passages relatifs au livre, au lecteur et à la lecture :
"Les femmes, les filles et les amies des libraires, qui lisent ordinairement les premières les ouvrages nouveaux, font comme celles des écuyers de cuisine, qui prennent le premier bouillon du pot, mais qui n’en font pas plus grasses. La plupart de ceux qui font amas de livres ressemblent à la plupart de ceux qui portent l’épée : autant d’instruments, et autant d’hommes inutiles. Arma virumque. Un sot livre poussé par un habile libraire a souvent le même sort qu’un fat poussé par le vent de la fortune et de la faveur. Les sots livres ne font pas tous le saut périlleux de la boutique au magasin, et de la presse à la rame. La suppression qu’on fait de quelques livres, ou le refus de privilèges, ne servent qu’à augmenter la démangeaison qu’on a de les voir, ou à grossir les idées qu’on s’en est faites. Un auteur qui se voit à la fin de son ouvrage est comme une fille grosse à la fin de son temps : il faut qu’il accouche, ou qu’il crève, aut clam aut palam ; chez lui ou chez l’étranger ; nature ou sage-femme, privilège ou non, il veut mettre au jour ; il ne peut plus retenir ce qu’il a conçu. Ainsi, le plus souvent, ce serait le mieux de l’abandonner à la passion. Il se punit lui-même d’avoir conçu, in dolore pareret. Outre la peine qu’il aurait à se dérober à la connaissance publique, il rougirait peut-être en secret de voir qu’on le connaît enfin pour père d’un avorton, tant il y a de ces sortes de productions qui font déshonneur à leurs pères, quand on les connaît. Il y a peu de gens qui lisent pour s’instruire ; la plupart lisent en bâillant, par curiosité, attendant l’heure d’un repas, d’une visite à recevoir ou à rendre, d’une assignation, d’une sollicitation, d’un opéra, d’une promenade ; l’heure venue, adieu le livre, et de tout ce qu’on a lu autant en emporte le vent. Un paysan ne voit pas crever les chenilles et les autres animaux qui mangent les arbres et les herbes avec tant de joie, qu’en a un libraire qui voit crever le livre d’un auteur qu’il a fait imprimer à ses dépens. Les plus gros livres ne sont pas toujours les meilleurs pour le libraire, et pour l’honneur de l’auteur. Il y a des in-folio qui font tout autant de feuilles qui n’attendent pas l’automne à tomber, et des in-douze et in-seize qui sont tous fleurs et tous fruits. Un ouvrage qui a du solide, un livre de bibliothèque, est non seulement immortel, mais capable d’immortaliser son auteur ; car je n’appelle pas un livre ce bluet, cette feuille volante, et semblables colifichets de librairie, tout autant de feux de paille tant ils durent peu, tout autant de petits pâtés tous chauds, dont on est dégoûté dès qu’on leur a donné le temps de se refroidir. Néanmoins que de petits livres après lesquels on ne laisse pas courir ! Que de poésies, que de nouvelles, que d’ana, qui font du bel air ! et qui, loin d’être ce qu’on appelle livre, ne font souvent que libertinage et futilité. Il est vrai que, quant aux grands livres, s’ils ne font ce qu’on appelle un grand mal, un gros livre ne paraît toujours aux femmes qu’une grosse bête, tant il leur fait peur. On ne met pas coucher dans son lit un cheval, un bœuf, un éléphant, mais un bichon, un chat, un singe ; et voilà le sort des grands et des petits livres. Je n’ai pu lire Confucius sans être confus de voir tant de gens prévenus en sa faveur. Sans doute que la nouveauté et le chemin qu’il a fait n’y ont pas peu contribué ; mais de bonne foi, trouve-t-on dans ce philosophe ni le sel attique, ni les saillies d’esprit, ni les raisonnements, ni la morale de ces philosophes païens que nous avons entre les mains ? Au moins m’est-il plus loin de dire qu’ils l’ont copié ; c’est ce qu’on ne me persuadera pas. Comme il n’y a pas de plaisir plus touchant que de se voir loué dans un bon livre, il n’y a pas de vengeance plus douce que de voir qu’un livre où l’on est maltraité est tombé dès qu’il a paru. Un imprimeur et un libraire font également la maîtresse d’un auteur, tant ils lui font assidûment et régulièrement la cour. [...]".Ce petit volume est peu commun et entre dans la collection des amateurs de Maximiana ou de Sentenciana, sur le rayonnage tout proche d'un Jean de La Bruyère ou d'un La Rochefoucauld.
Bon exemplaire, à l'état de parution, non rogné, à toutes marges (ce qui est fort rare pour un ouvrage de la fin du XVIIe siècle), à relier, sans couverture.
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