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Un exemplaire unique entièrement aquarellé du Rêve de Zola illustré par Carlos Schwabe (1892)



Couverture d'après l'aquarelle de Carlos Schwabe, ici tirée sur soie par l'imprimeur Hérold et Cie à Paris



Fiche descriptive de l'exemplaire :


Emile ZOLA. SCHWABE, Carloz [SCHWAB, Carlos], illustrateur. METIVET, Lucien (illustrateur).


LE RÊVE. Illustrations de Carloz Schwabe et L. Métivet.


Paris, Librairie Marpon et Flammarion, E. Flammarion successeur, s.d. (1892) [imprimerie Marpon et Flammarion 26 rue Racine à Paris]


1 volume in-4 (28 x 20 cm) de (4)-335 pages.


Reliure demi-maroquin bleu nuit à larges coins, dos à nerfs, auteur et titre dorés, tête dorée, doublure et gardes de papier marbré, relié sur brochure non rogné. Un coin touché sans manque (légère déformation), minimes marques à la reliure qui reste très fraîche. Intérieur très frais (sans les rousseurs habituelles à ce papier). La très belle couverture en soie (les deux plats et le dos) dessinée d'une grande composition par Carloz Schwabe sur le premier plat est en parfait état (vignette au centre du second plat) (imprimée chez Hérold et Cie imprimeurs 131 Boulevard St-Michel à Paris).


Exemplaire unique du tirage ordinaire dont toutes les illustrations ont été aquarellées à l'époque au pinceau.


Il a été tiré en outre 30 exemplaires de luxe sur papier du Japon, seul grand papier (figures en noir).


Exemplaire enrichi d'une lettre autographe du peintre Guillaume Dubufe (1853-1909), datée du 4 janvier 1889 et adressée probablement à l'éditeur Ernest Flammarion, à propos d'un projet d'illustration pour cette même édition du Rêve de Zola.


La lettre présente dans notre exemplaire montre que des tractations étaient déjà en cours dés la fin de l'année 1888 et au début de 1889 avec un autre artiste pressenti pour illustrer ce texte. Guillaume Dubufe s'y exprime ainsi très clairement sur son envie et son désir de bien faire : "Cher Monsieur [sans doute Ernest Flammarion], Laissez-moi vous répondre tout de suite que l'idée d'illustrer le "Rêve" [d'Emile Zola], me séduit absolument. Si je puis faire là une oeuvre d'art tout à fait consciencieuse, j'y mettrais tout mon coeur (mon coeur d'entêté idéaliste qui a éprouvé quelque malin plaisir à ce qu'on pensât à lui en pareille occurence). Et puisque c'est à vous sans doute que je dois ce plaisir, je veux d'abord vous en remercier, quoi qu'il advienne de ce charmant projet. Au point de vue pratique, je partage à priori vos idées pour la division et le nombre des illustrations, et si vous voulez j'irai en causer avec vous mardi ou mercredi prochain de 5h à 6h. Cela vous convient-il ? Si oui, je cours chez vous, enchanté de parler avec vous de mon rêve, et surtout de vous serrer la main. Bien à vous. G. Dubufe fils". Finalement cette collaboration n'aura pas lieu et nous n'en connaissons pas la raison. Nous savons par ailleurs que d'autres demandes avaient été formulées avec d'autres artistes pour illustrer ce Rêve de Zola. C'est finalement Carlos Schwabe qui remporta le marché.


L'illustration de ce volume se compose d'une couverture en couleurs (ici tirée sur soie), une vignette de titre en noir et 55 illustrations en noir par Carlos Schwabe (27 à pleine page, 5 encadrements, 1 dans le texte, 11 culs-de-lampe et 11 têtes de chapitre) ; 10 illustrations de Lucien Métivet à la fin de l'ouvrage (5 à pleine page, 1 tête de chapitre et 4 culs-de-lampe).


La gravure (et l'interprétation) de l'ensemble des compositions de Carlos Schwabe et Lucien Métivet est de Ducourtioux et Huillard (source Jean-David Jumeau-Lafond). Cette gravure ne faisant hélas pas honneur aux aquarelles de Scwhabe. Mais il ne faut pas oublier qu'il s'agit avant tout d'une édition populaire vendue à bon marché en livraisons.


"Ayant voulu faire, selon ses propres mots, "la part du Rêve" dans la série des Rougon-Macquart, il était normal qu'Emile Zola souhaite confirmer ce choix dans la première édition illustrée en volume du Rêve, qui devait paraître en 1893. Il n'est donc guère surprenant que l'écrivain et l'éditeur Flammarion aient cherché un dessinateur capable de compléter le texte par une illustration qui tranche, elle aussi, avec le reste de l'univers zolien. Loin des milieux naturalistes, c'est chez un jeune artiste suisse vivant depuis peu à Paris, Carlos Schwabe (1866-1926), qu'ils trouvèrent ce qu'ils cherchaient, ce mélange de féerie et de naïveté susceptible de caractériser par l'image un texte qui devait lui-même pouvoir être mis "entre toutes les mains". Schwabe, né en 1866, et donc tout juste âgé de 25 ans, était à l'aube de sa carrière mais celle-ci devait être fulgurante à la faveur d'un événement qui eut lieu en mars 1892 alors qu'il travaillait encore à l'illustration du Rêve : le premier Salon de la Rose + Croix du Sâr Péladan, manifestation idéaliste qui fit courir tout Paris et que Zola lui-même visita, se déclarant "intéressé" et "charmé". L'écrivain avait déjà pu voir les œuvres de Schwabe, mais il fut sans doute confirmé dans son jugement en voyant au Salon les aquarelles pour L'Evangile de l'Enfance, véritable "clou" de l'exposition ; simplicité du regard mais dessin aigu et primitif conféraient à ces œuvres une sorte de "naïveté voulue", selon les commentateurs, et un archaïsme moyenâgeux, non pas dans le genre du pastiche si fréquent à l'époque, mais dans une sorte d'authentique mysticisme visionnaire. Contrairement à ce qu'on a pu dire parfois, Zola appréciait donc l'art de Schwabe ; n'écrivit-il pas à Flammarion qu'il "tenait beaucoup" à l'artiste pour ce travail, ajoutant : "je suis certain que nous aurons avec lui une œuvre très artistique et très originale". On peut affirmer que Zola ne s'était pas trompé, non seulement parce que l'illustration du Rêve conçue par Schwabe occupe une place à part dans le corpus des images zoliennes, mais aussi parce qu'en effet l'artiste poussa très loin l'originalité, donnant naissance à une création à part entière et qui, selon les critiques, révolutionna l'art de l'illustration, faisant du Rêve une référence pour l'art symboliste. Certes, Schwabe ne put achever son travail, non par mésentente avec Zola, mais parce que, surestimant ses forces, et souhaitant produire une suite marquante, il prit un retard qu'il ne put rattraper. Sa longue et unique lettre à Zola montre ce souci "de faire aussi une œuvre" et de se démarquer par rapport à l'illustration contemporaine, banale et souvent commerciale. L'achèvement du travail par Lucien Métivet, artiste médiocre et sans grande imagination, donne comme une démonstration exemplaire de ce vœu, la comparaison des deux illustrations étant accablante pour Métivet. Il est cependant exact qu'Emile Zola fut surpris par le travail de Schwabe, y découvrant "tant de choses qu'il ne se souvenait pas d'avoir mises dans le livre" ; c'est que Schwabe, artiste symboliste et visionnaire, ne se contenta pas de répéter la narration par une image descriptive. Il interpréta, transcrit, spiritualisa les objets, matérialisa les pensées, extrapola et symbolisa par un monde onirique, merveilleux et étrange, les ressorts psychologiques et le sens profond du texte ; ne parvient-il pas donner un visage à l'Hérédité, ce thème majeur du monde zolien, allant ainsi très au-delà de ce que l'écrivain avait imaginé possible ? Par la création d'un monde imaginaire, situé en marge de l'action, mais l'expliquant et lui donnant sens, Schwabe fit de l'édition illustrée du Rêve un véritable dialogue entre le texte et l'image. Il jeta ainsi bas les conventions du genre au profit d'une nouvelle conception : on ne le lui avait pas demandé, ainsi qu'il l'écrivit lucidement à Zola, mais il en avait fait une question d'honneur et avec raison si l'on en juge par le succès du livre et sa postérité. Zola, dans Le Docteur Pascal, aura beau s'inspirer de dessins de Schwabe pour fustiger l'idéalisme et la fuite devant le réel, il est peu probable qu'il eut à regretter d'avoir choisi le jeune artiste, lequel, mieux que quiconque, avait pu l'aider à réaliser son souhait : "montrer que tout est un rêve"." (Jean-David Jumeau-Lafond, Dossier Bnf (en ligne), Le Rêve illustré par Carlos Schwabe).


L’histoire se passe dans le Val-d'Oise, dans une ville appelée Beaumont-sur-Oise (Zola s’est largement inspiré de Cambrai pour décrire cette ville). La description de Beaumont-sur-Oise est précise, avec la ville haute ancienne et la ville basse plus moderne. La ville est accessible par la gare du Nord. L’héroïne est Angélique Rougon, fille de Sidonie Rougon et d’un père inconnu (elle est née quinze mois après le décès du mari de sa mère). Dès sa naissance, elle a été placée par la sage-femme à l’Assistance publique, puis confiée à une nourrice dans la Nièvre, à une fleuriste, et enfin aux Rabier, une famille de tanneurs qui la maltraitent. Une nuit de Noël, elle décide de fuir les Rabier et est recueillie par un couple de brodeurs, les Hubert, qui l’ont découverte transie, adossée à un pilier de la cathédrale de Beaumont. Cette famille très pieuse (ils confectionnent des broderies pour les vêtements et ornements ecclésiastiques) vit dans une toute petite maison adossée à la cathédrale. Angélique, qui est devenue la pupille des Hubert, montre beaucoup d’application et de goût pour la broderie. En même temps elle lit, et découvre la Légende dorée, un ouvrage qui va changer sa vie d’adolescente. Elle s’identifie aux martyres, rêve d’avoir le même destin glorieux qu’elles, guettant par la fenêtre l’apparition qui va changer sa vie. Cette apparition se présente finalement sous la forme d’un charmant jeune homme, Félicien, peintre verrier qu’elle identifie à saint Georges descendu de son vitrail. L’amour naît en eux, mais leurs familles s’opposent à leur mariage : d’un côté, Hubertine Hubert, sa mère adoptive, qui s’est mariée malgré l’interdiction de sa mère et estime en avoir été punie par le fait qu’elle ne peut avoir d’enfant, ne veut pas d’un mariage dicté par la passion ; même chose pour le père de Félicien, Monseigneur d’Hautecœur, entré dans les ordres à la suite du décès de sa femme et devenu évêque. Finalement, voyant qu’Angélique se consume peu à peu devant cette interdiction, les deux familles consentent au mariage. Mais Angélique meurt à la sortie de l’église, après avoir donné à Félicien son premier et dernier baiser.


Edition publiée en livraisons, populaire et donc destinée à un large public, qui mérite d'être recherchée pour la sublime illustration de Carlos Schwabe. La plupart des exemplaires du tirage sur papier ordinaire ont été mal conservés (mauvais papier avec le plus souvent de fortes rousseurs), ce qui n'est pas le cas de notre exemplaire qui est sans rousseurs.


La mise en couleurs délicate et restée parfaitement fraîche de cet exemplaire unique donne un surplus de plaisir au contemplateur moderne. Quelques aquarelles originales de Carlos Schwabe pour le Rêve ont été conservées (Département des Arts graphiques Cabinet des dessins Fonds des dessins et miniatures, collection du musée d'Orsay) et la comparaison des coloris reste un élément intéressant de l'interprétation de l'artiste coloriste qui a travaillé sur notre exemplaire de manière plus vive, plus colorée, mais non moins avec talent.


Provenance : de la bibliothèque Albert Natural, avec son ex libris. Ambassadeur de Suisse en Chine. - Bibliophile. (Source : Catalogues régionaux des incunables informatisés) Bibliophile suisse dont la bibliothèque littéraire, vendue les 7-8 décembre 2009 à Paris, fut constituée pour l'essentiel durant l'entre-deux-guerres par son père Albert Natural (Source : BnF).


Exemplaire unique entièrement mis en couleurs à l'époque de la manière la plus délicate qui soit.


Voici ci-dessous l'intégralité des illustrations coloriées (uniquement celles sur les compositions de Carloz Schwabe, nous n'avons pas donné ici celles de Lucien Métivet qui concernent les deux derniers chapitres du roman (XIII et XIV) et le cul-de-lampe du chapitre XII).

























































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