Emile Martinet (1838-1895), un grand imprimeur parisien de la seconde moitié du XIXe siècle.


Publicité parue en 1880 dans la Catalogue de l'Exposition du Cercle de la Librairie.

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ÉMILE MARTINET 1838 — 1895 (*)

La semaine dernière ont eu lieu à l'église Saint-Philippe du Roule les obsèques d'un imprimeur que nous avons beaucoup aimé. Les Imprimeurs de Paris, la plupart des Editeurs, des Médecins, des Artistes, des Universitaires, professeurs de Facultés et membres de l'Institut étaient venus lui rendre les derniers devoirs. Au Père-Lachaise, des paroles simples ont été prononcées par un ami de jeunesse, sur la tombe, au moment où elle allait être refermée. Un autre hommage était bien dû dans le Journal de la Librairie à un homme qui a honoré notre profession par sa loyauté, sa droiture, et a occupé une place importante dans la typographie française. Puissé-je ne pas être au-dessous de la mission qui m'a été confiée de retracer une carrière que j'ai vu commencer et que je vois finir. MARTINET ( Claude-Constant-Emile), né à Paris le 28 juillet 1838, décédé le 4 mai 1895, était fils de M. Louis Martinet, imprimeur distingué. Son père a, pendant quelque années, avec M. Bourgogne, puis seul, dirigé pendant trente ans (1833-1863) une importante imprimerie dont le brevet avait appartenu successivement à trois membres de la famille Cello, puis à Lachevardière (1). Il me plait de rendre hommage à la mémoire de M. Louis Martinet. Il fut en relations d'affaires et lié d'amitié avec mon père, M. J.-B. Baillière ; j'ai le souvenir de sa bonté. Son imprimerie fut vite classée parmi les meilleures. J'ai vu ses efforts et son soin personnel à poursuivre ces vilaines bêtes noires qui aujourd'hui persistent plus souvent qu'autrefois à demeurer sur les feuilles d'impression. Presque toute la littérature scientifique sortait alors des presses de Louis Martinet. Je rappellerai le Dictionnaire de médecine de Nysten, devenu plus tard le Dictionnaire de médecine de Littré, le Dictionnaire d'histoire naturelle de d’Orbigny, les livres de Chauveau, Colin, Trousseau, Valleix, Vidal, le Dictionnaire d'architecture et le Dictionnaire du mobilier de Viollet-le-Duc, les publications de Gailhabaud. Combien d'autres seraient à citer ! M. L. Martinet était membre du Cercle de la Librairie. Les suffrages de ses collègues l'appelèrent au Conseil. Il est mort en 1867, laissant dans la mémoire de ses ouvriers et de ses anciens clients le souvenir d'une vie de travail et d'honneur. Emile Martinet, à la fin de ses études au collège Henri IV, put faire, en 1856 et en 1857, d'agréables voyages de vacances avec des compagnons jeunes comme lui. Ces voyages furent le commencement de notre amitié. En 1857 il entra comme ouvrier compositeur dans les ateliers de son père. Je le vois encore revêtu de la blouse blanche, alignant les lettres sur le cadrat qui maintient les caractères, travaillant à côté des metteurs en pages auxquels était confiée la composition de nos publications. Emile Martinet, au milieu d'ouvriers dévoués à la maison paternelle, apprit aussi bien le découpage pour la bonne mise en train du tirage des gravures que la direction des presses mécaniques. Pour compléter ses études techniques, Emile Martinet alla passer deux années dans les ateliers de Gieseke et Devrient, imprimeurs à Leipzig (2). Il fit tour à tour un stage dans chacun des ateliers de composition, de machines, de clicherie et de galvanoplastie. J'avais vu, en 1853, les commencements de cette maison qui a vite conquis une réputation justifiée par le goût artistique de ses chefs. De retour à Paris, Emile Martinet travailla de nouveau à côté de son père, auprès duquel il recueillait les meilleures traditions. C'est en 1863 qu'il lui succéda. Il avait prévu le moment où tout ouvrage de science devrait être accompagné de figures dans le texte et donna de suite un soin particulier au fini de l'impression des gravures. Rappeler les importantes publications sorties pendant trente ans des ateliers de la rue Mignon, ce serait donner le catalogue des éditeurs de livres de médecine, de sciences, d'architecture, d'art militaire. Entre tous ces livres, je veux rappeler le Traité d'anatomie de Sappey, imprimé pour le compte de l'auteur, les livres de MM. Baillon, Dehérain, Duchartre, Follin et Duplay, Moquin-Tandon, Pelouze et Fremy, Sicard, Vilmorin, le Journal de la Jeunesse, de nombreux volumes édités par la librairie Hachette. L'impression de la Revue des Cours scientifiques et du journal l'Illustration lui fut confiée pendant nombre d'années. Le Bulletin de l’Imprimerie, dont l'habile rédacteur en chef a préféré garder l'anonymat fut créé avec le concours de MM. Ch. Lorilleux et Cie ; E. Martinet en fut l'imprimeur. 1868 et 1871 furent pour Emile Martinet, comme pour tous les imprimeurs de Paris, de pénibles étapes, car les grèves ouvrières eurent pour les imprimeries de labeurs de douloureuses conséquences. Coalisés et ne tenant pas compte des besoins de l'industrie, les ouvriers de Paris n'atteignirent qu'incomplètement leur but, et réussirent surtout à développer en province les labeurs. Dès 1868, Emile Martinet songea à créer à Puteaux, près des usines de M. Ch. Lorilleux, une école professionnelle de jeunes filles compositrices. L'internat commença à fonctionner en 1872. Emile Martinet était membre du Cercle de la Librairie et de la Chambre des Imprimeurs. Il méritait bien d'être nommé juge des travaux de son industrie à l’Exposition universelle de 1878 et d'être honoré par ses pairs de la délicate mission de rapporteur. Son travail, écrit avec une rare compétence, présente le tableau fidèle des progrès de la typographie, de ses plus remarquables productions à cette date, et contient une appréciation juste, mais toujours bienveillante, de l'œuvre des éditeurs qui ont pris part à l'Exposition. La croix de la Légion d'honneur vint, en octobre 1878, aux applaudissements de ses confrères, récompenser ses efforts et ses sacrifices pour le perfectionnement de son industrie. Il y a onze ans, il fut proposé à Emile Martinet de fusionner sa maison avec deux autres. M. Charles de Mourgues qui s'occupait spécialement d'impressions administratives désirait le repos. M. Motteroz, un véritable artiste, était arrivé par des efforts incessants, par la sûreté de son goût, par des impressions en couleur des mieux réussies, à donner un grand relief à une maison modeste mais déjà réputée et ne demandait qu'à développer ses moyens d'action ; il devint, en 1884, directeur-gérant des imprimeries de la rue Jean Jacques-Rousseau, de la rue du Four, de la rue Mignon et de Puteaux, mises en société. Emile Martinet fut nommé président du conseil d'administration des Imprimeries réunies. Quelques années plus tard, l'ancienne maison Morel, l'imprimerie et la librairie Quantin venaient, avec le concours de M. L.-H. May, apporter à la Société un contingent nouveau d'affaires et la Société prenait le nom de Librairies-Imprimeries réunies. Emile Martinet, désormais déchargé de tout détail de la direction laissée à MM. May et Motteroz, allait chaque jour rue Mignon se tenir au courant de la marche des entreprises, et, trois jours avant sa mort, « grelottant la fièvre, » il se rendait une dernière fois à l'imprimerie, où trente-huit ans auparavant il entrait avec sérénité dans le chemin de la vie. Il lui était réservé de le parcourir douloureusement. Le mariage et de charmants enfants étaient venus tout d'abord apporter à Emile Martinet les joies du foyer et une heureuse diversion aux soucis d'une profession entourée de difficultés. Le bonheur de mon ami ne fut pas de longue durée. Il connut les inquiétudes que peut vous causer la santé d'une personne qui vous est chère. Il eut cependant des éclairs de bonheur. Sa fille aînée s'était choisie un compagnon charmant, d'un esprit cultivé, M. Haro, qui était devenu, à l'école de son père, le conseiller éclairé des amis des arts. Aimé, heureux, il fut, très jeune, fauché par la mort. Emile Martinet vit en quelques années disparaître un gendre affectueux pour lui, une mère et une sœur qui avaient bien pour lui les sentiments qu'expriment ces deux mots. Dans l'intimité, sa vie privée se ressentit douloureusement des vides qui s'étaient produits autour de lui ; ses chagrins l'avaient amené à s'isoler, et dans ces derniers temps, il avait concentré toute son affection sur ses enfants et ses proches. Loyal dans tous les actes de sa vie, cœur droit, bon, généreux, Emile Martinet méritait un sort meilleur. Il laisse de profonds regrets à ceux qui l'ont connu. Ses amis auraient voulu pouvoir plus souvent lui adoucir la vie, car ils étaient seuls à savoir que malgré les faveurs de la fortune, la vie avait été pour lui, plus qu'on ne le pensait, pleine de tristesses. ÉMILE BAILLIÈRE. (*) Cette nécrologie a paru dans la Bibliographie de la France n°20 du 18 mai 1895. Sa mort a été annoncée dans le numéro précédent (n°19 du 11 mai 1895). (1) Lachevardière concourut puissamment à la fondation du Magasin pittoresque. Le nom de ce typographe mérite d'autant mieux d'être rappelé que ce recueil, créé et longtemps dirigé par M. Edouard Charton, fut imprimé dans ses ateliers, qu'il marque les débuts des publications périodiques populaires avec gravures sur bois, et qu'après Lachevardière il a porté la signature de son successeur. Les volumes imprimés par Louis Martinet témoignent d'un progrès dans le tirage des gravures, jusqu'au jour où la société du Magasin pittoresque acheta le brevet d'un imprimeur aujourd'hui oublié et organisa rue Poupée, d'abord, puis ensuite rue des Missions, une imprimerie dont la direction fut confiée à M. Best. (2) Devrient avait travaillé à l'Imprimerie nationale , á Paris , vers 1850. * * * * * *

Nous reproduisons ci-dessous le premier chapitre Considérations générales sur l'Exposition de 1878 extrait du Rapport sur l'Imprimerie et la Librairie donné en 1880 (Paris, Imprimerie Nationale). "Faire vite et faire grand, telle semble être la devise de notre époque. L'exécution s'en ressent un peu, il faut le reconnaître, et les arts graphiques en particulier s’accommodent mal de la nouvelle manière d'agir. Plus que les autres, ils auraient besoin de prendre le temps pour premier auxiliaire. Afin de se plier aux exigences nouvelles, l'imprimerie et la lithographie ont réalisé des merveilles de vitesse ; mais les œuvres qu'elles ont ainsi produites ne souffrent pas une analyse trop minutieuse. Un journal peut et même doit se faire vite et à peu près bien, mais un beau livre ne supporte pas l'à peu près. Pour créer une œuvre irréprochable, il faut du temps, beaucoup de temps, et, en France particulièrement, on ne sacrifie pas assez à cette condition indispensable. Nous nous maintenons dans l'actualité, il est vrai, et nous suppléons souvent par le goût à l'exécution ; mais nos voisins, les Allemands, qui sont plus lents et moins pressés, nous reprochent, quelquefois avec raison, de ne pas savoir finir. L'Exposition de 1878 aura eu, en ce qui concerne nos industries, ce grand défaut de n'avoir été qu'une vaste et belle conception, mais incomplètement préparée, hâtivement exécutée et qui n'a laissé derrière elle qu'une demi-satisfaction et des résultats éphémères. La dispersion sur un immense espace de tout ce qui intéressait les arts graphiques a été regrettable. L'exposition de l'imprimerie française avait seule une certaine cohésion. Mais sa disposition en un labyrinthe peu attrayant était mal faite pour fixer l'attention et retenir les visiteurs. Quant aux expositions de l'imprimerie étrangère, presque toujours reléguées dans quelque coin des pavillons nationaux, leur recherche était un véritable travail, et il ne fallait point songer à les comparer entre elles, à cause des grandes distances qui les séparaient. Nous aurons pu, dans ce grand tournoi plutôt national qu’international, constater notre puissance et notre vitalité. Cette satisfaction a pu suffire à beaucoup d'entre nous, après les années qui venaient de s'écouler, mais personne ne s'est fait illusion sur l'impossibilité de juger utilement les industriels étrangers et les progrès considérables qu'ils ont accomplis depuis 1867. L'importance de l'exposition de la classe 9 en Angleterre, aux États-Unis, en Autriche, en Belgique, ne correspondait pas à l’importance des industries touchant à l'imprimerie et à la librairie dans ces différents pays. Quant à l'Allemagne, elle n'exposait pas. Son abstention était une véritable lacune. Les Allemands cultivent avec amour l'art de Guttenberg et celui de Senefelder : nous avions beaucoup à apprendre en étudiant leurs procédés et leur manière de faire, si différents des nôtres. Il eût été intéressant pour nous de mesurer leurs progrès depuis 1867, alors que les Giesecke et Devrient, les Brockhaus, les Hallberger et tant d'autres entraient en lice avec nous sur ce même Champ de Mars, et exposaient à nos yeux des travaux remarquables, dont nous estimions, sinon toujours le goût, du moins l'irréprochable exécution. Les imprimeurs allemands ont été unanimes à regretter la mesure prise par leur gouvernement, et dès que l'autorisation fut donné, au commencement de 1878, aux artistes d'exposer à Paris, des démarches furent faites pour obtenir qu'une place fût aussi accordée aux arts graphiques. Cette demande tardive ne put malheureusement être agréée. Les préoccupations politiques qui absorbaient l'attention publique dans l'Europe entière, pendant les années 1877 et 1878, ne permettaient pas à ceux qui étaient conviés à ce grand tournoi international de s'y préparer paisiblement. D'autre part, aux États-Unis, l'élection du président dirigeait les esprits vers un autre ordre d'idées ; ce n'est qu'à la fin de 1877 que le congrès de Washington, répondant au vœu du nouveau président, vota les fonds nécessaires pour subvenir aux frais généraux de l'exposition américaine. A Paris, l'agitation politique fut compliquée de la grève des ouvriers compositeurs. Cette grève désastreuse , qui dura plus de deux mois et coûta 250,000 francs aux ouvriers typographes et des sommes incalculables aux patrons, eut pour résultat de jeter un trouble profond dans toutes les industries se rattachant à l'imprimerie et à la librairie. L'initiative individuelle atténua néanmoins la funeste influence de tant de causes de désorganisation, et, dès la fin de mai, tous les exposants occupaient le poste qui leur était assigné. La classe 9 étant éparse à travers l'Exposition, nous nous bornerons à la description de la section française. Elle occupait un vaste parallélogramme dans une des travées s'ouvrant sur la galerie qui faisait face à la porte Rapp. La perspective de la salle était coupée par des panneaux sur lesquels s'étalaient d'innombrables lithographies (1). Le long des murailles et de ces panneaux s’alignaient de petites vitrines noires dans lesquelles étaient soigneusement enfermés sous clef les livres exposés. A part les deux salons d'exposition de MM . Mame et Hachette, qui s'ouvraient sur la grande galerie d'entrée, et les deux salons de MM. Didot et Chaix, placés au centre du parallélogramme, on peut dire que les expositions particulières se présentaient dans des conditions peu favorables à leur examen. Nous mentionnerons pour mémoire les nombreuses expositions qui, faute d'emplacement dans la salle commune, avaient été reléguées à l'extérieur dans la galerie de passage, ainsi qu'une belle et vaste salle perdue entre les expositions de la Bijouterie et de la Coutellerie, et dont quatre de nos plus grandes maisons occupaient les angles. Quant à la bibliothèque technologique où devaient se trouver les ouvrages traitant de nos industries, elle était si peu fournie que bien peu d'imprimeurs ont dû la visiter avec fruit. Les installations des expositions étrangères sont d'une description plus difficile. Si dans quelques pays, comme l'Angleterre, l'Autriche, la Belgique et les États-Unis, elles se trouvaient encore plus ou moins bien groupées, dans la plupart des autres pavillons il n'y avait aucun ordre. Çà et là on rencontrait un meuble, quelquefois magnifique, rempli de livres et de gravures, mais l'attention était forcément distraite par le milieu où il se trouvait placé. Une bibliothèque fermée ne saurait intéresser, et il est à regretter que des expositions d'imprimerie et de librairie aient été réduites, dans nombre de cas, a de simples expositions de reliure. Huit pays étaient représentés dans le sein du jury, qui s'est scrupuleusement conformé au devoir qui lui était imposé d'examiner avec le plus grand soin les produits soumis à son appréciation, n'ayant d'autre souci que de tenir une balance égale entre les diverses catégories d'exposants. Frappé tout d'abord de la diversité des productions exposées, le jury avait résolu de former trois sous-commissions : la première pour examiner la librairie ; la deuxième, l'imprimerie, et la troisième, la lithographie et la taille-douce. Mais, se trouvant dans l'obligation de confondre les trois catégories dans un même ordre de récompenses, il dut renoncer à ce projet. Le règlement s'opposant également à ce qu’un juré suppléant eût voix délibérative, le jury, devant la démission du seul lithographe qu'il comptait parmi ses membres comme juré suppléant, s'empressa de choisir un expert, M. Alfred Lemercier, associé de la maison Lemercier et Cie, qui pût lui apporter, pour l'examen de cette branche spéciale, le concours de son expérience et de ses connaissances techniques. Le nombre des exposants était plus élevé qu'à aucune autre exposition, 600 environ ; or le jury, nommé le 7 juin, et qui n'avait pu former son bureau que le 13 seulement, fut appelé à déposer son rapport le 13 juillet. Il eut donc, dans ce court espace temps, à visiter chaque exposition individuelle, et il ne put, dans la suite, avoir toujours recours, pour certaines modifications qu'il eût voulu apporter à ses jugements, à la Commission supérieure, qui aurait dû former une véritable Cour d'appel. Le 5 septembre, le jury des présidents décidait qu'il n'y avait pas à revenir sur les décisions des jurys de classe. L'une des plus graves conséquences de cette précipitation fut l'impossibilité matérielle où le jury se trouva de s'occuper des collaborateurs autant qu'il l'eût désiré. Il lui eût fallu provoquer les propositions des chefs de maison, qui, pour la plupart, avaient omis de faire des présentations, et se livrer à un examen pour le quel les éléments d'étude et le temps lui manquèrent absolument. Les récompenses à décerner étaient nombreuses, trop nombreuses peut-être ; mais, réglées bien à tort sans partir d'une base raisonnée pour chaque classe, elles ne se trouvèrent pas en rapport avec le rang que devaient occuper les industriels de la classe 9 et il advint que des éditeurs et des imprimeurs, hommes de goût et de science, à la tête de grandes maisons justement réputées, ne purent recevoir, à l'Exposition de 1878, la médaille d'or qui était le lot du propriétaire d'une vigne ou d'un fabricant d'engins de pêche. Le jury fut le premier à déplorer cet état de choses, auquel il ne pouvait remédier. On peut également regretter que l'Administration ait adopté pour les récompenses l'ordre alphabétique. L'ordre de mérite adopté en 1867 nous paraissait plus logique, quoique compliquant les travaux du jury, qui, en 1878, dut accomplir ses opérations avec une précipitation imposée par les circonstances. Une comparaison avec les concours précédents, où les exposants étaient bien moins nombreux, rendra plus sensible la manière dont a été faite la répartition des récompenses en 1878. En 1855, il y avait eu 6 grandes médailles d'honneur, 18 de première classe, 46 de deuxième classe, 20 mentions honorables. En 1867, il y avait eu 1 grand prix, 10 médailles d'or, 85 d'argent, 117 de bronze, 26 mentions honorables. En 1878, il y eut 5 grands prix, 35 médailles d'or, 133 d’argent, 147 de bronze, 209 mentions honorables. Quant aux collaborateurs, qui avaient reçu 86 récompenses en 1867, ils en reçurent 83 en 1878. L'exposition de la classe 9 n'a rien présenté de bien nouveau ni de bien saillant. Une notable élévation dans la moyenne de la qualité des productions aura été le résultat le plus apparent et qui aura frappé tous les observateurs. Ce sont toujours les mêmes procédés et la même manière de faire, qui se perfectionnent lentement et progressivement. Seulement, aujourd'hui on les applique partout en même temps, et aucune ville ni aucun établissement n’a le monopole exclusif de l'un des progrès réalisés dans ces dernières années. Toutes les œuvres, même celles ayant le but le plus infime, sont faites avec plus de soin qu'autrefois, mais on ne compte plus guère de chefs-d'œuvre typographiques. La moyenne des produits exposés était bonne ; malheureusement on y rencontrait beaucoup trop de produits ayant déjà figuré aux expositions passées. Si les expositions, au XIXe siècle, ne devaient être, comme au XIIIe et au XIVe siècle, que de simples foires dans lesquelles les fabricants exposent leurs produits avant de les vendre, celle de 1878 peut être considérée, malgré quelques imperfections, comme une véritable merveille. Mais tout le monde a compris qu'aujourd'hui on devait faire plus et mieux. Les arts graphiques n'auront une exposition véritablement complète et utile que lorsqu'ils auront pu se réunir en un seul faisceau, et présenter aux intéressés de tous les pays un ensemble des différentes industries qui concourent à la publication des œuvres de littérature, de science et d'art. Il serait nécessaire pour cela que toutes les Sociétés qui, dans chaque pays, forment l'élite des diverses corporations, contribuassent, chacune pour sa part, à préparer des éléments sérieux pour l'étude de la situation des industries auxquelles elles appartiennent. A cette condition seulement, une exposition internationale pourra favoriser les progrès de l'imprimerie, de la librairie, de la lithographie, de la papeterie, de la reliure et des nombreuses industries qui créent le matériel nécessaire à leur fonctionnement. Jusque-là nous n'aurons que des exhibitions confuses, où le visiteur pourra, deci delà, glaner une innovation heureuse ou une application ingénieuse, mais où l'ensemble, imparfaitement classé et mal coordonné, ne donnera jamais qu'une idée absolument imparfaite de la situation générale."

Emile Martinet

L'intégralité du Rapport sur l'Imprimerie et la Librairie donné en 1880 se trouve en texte intégral ICI.


(1) Vu l'importance qu’a prise depuis 1867 la lithographie, il serait à désirer que, dans les expositions ultérieures, elle fût l'objet d'une classe spéciale.


Mise en ligne par

Bertrand Hugonnard-Roche,

Bibliomane moderne



La première édition illustrée de Nana d'Emile Zola, publiée à Paris par C. Marpon et E. Flammarion, en 1882, a été imprimée dans les ateliers de l'imprimeur Emile Martinet comme l'indique la mention que l'on retrouve au verso du faux-titre (voir ci-dessous). On retrouve également cette mention imprimée dans la marge intérieure de chaque livraison. Emile Martinet a travaillé pour C. Marpon et E. Flammarion pour plusieurs titres de Zola dans leur première édition illustrée.



Ecole professionnelle de jeunes filles, imprimerie Emile Martinet. 1878

Affichette parue en supplément de la revue "Bulletin de l'imprimerie", 1878, n° 22. (SOURCE).


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