Etienne Vacherot

La démocratie.

Paris, F. Chamerot libraire [de l'imprimerie de L. Martinet], 1860 [i.e. novembre 1859]

1 volume in-18 (18,5 x 12 cm) de XXXI-(1)-400 pages.

Reliure strictement de l'époque plein maroquin bleu nuit, dos à nerfs richement orné aux petits fers dorés, triple-filet doré en encadrement des plats, fer spécial au centre des plats (équerre et fil à plomb) avec la devise républicaine : Liberté Egalité Fraternité ; tranches dorées sur marbrure, large dentelle dorée en encadrement intérieur des plats, doublures et gardes de papier peigne (reliure signée B. David). Quelques ombres au maroquin et légères marques sans gravité. Superbe exemplaire très frais. Intérieur très frais malgré quelques taches de rouille aux premiers et derniers feuillets.

Edition originale.

La démocratie d'Etienne Vacherot (1809-1897) est enregistrée dans la Bibliographie de la France du 12 novembre 1859. La sortie de cet ouvrage suscite immédiatement une accusation et un procès. Vacherot est condamné à 1 an de prison (ramené à 3 mois en appel) et 1.000 francs d'amende pour ses attaques contre les droits et l’autorité de l’Empereur, le principe de propriété, et la religion. Vacherot avait refusé de prêter serment à l'Empereur Napoléon III à l'issue du coup d'état du 2 décembre 1851. Directeur de l'école normale supérieure, il avait alors été obligé de démissionner de son poste perdant ainsi son salaire. Vacherot exécutera sa peine à St-Pélagie dès le 18 avril 1860. La démocratie peut être considéré comme le « bréviaire du parti républicain » sous l'Empire (Georges Weil, Histoire du Parti républicain en France, Paris, Alcan, 1900, p. 446). L'imprimeur Martinet (1.000 francs d'amende) ainsi que le libraire Chamerot (1 mois de prison et 1.000 francs d'amendes) furent également condamnés. Le 7 mars 1868, il est élu à l'Académie des sciences morales et politiques pour succéder à Victor Cousin. Maire du Ve arrondissement de Paris pendant le siège, Étienne Vacherot est élu, le 8 février 1871, représentant de la Seine à l'Assemblée nationale. Il est un des trois députés de Paris qui acceptèrent les préliminaires de paix et, contre l'attente du parti républicain, il prend place au Centre gauche et se signale par sa modération : Vacherot veut une politique centriste. « J’aurais vu tomber l’empire avec satisfaction sans les désastres d’une guerre qu’il a provoquée, sans y être préparé. J’ai salué sans enthousiasme l’avènement révolutionnaire de la république en pleine invasion. J’étais pour la guerre à outrance, et, sans croire à la légende de la république sauvant la France en 92, j’espérais mieux de notre peuple et de notre gouvernement républicain. ». Vacherot soutient jusqu'au bout le gouvernement d'Adolphe Thiers et donne sa démission de maire après le 24 mai 1873. Un an plus tard, il se rallie au ministère de Broglie et accepte de faire partie de la deuxième commission des Trente, d'où la minorité républicaine se trouve exclue. Après la séparation de l'Assemblée en 1876, Étienne Vacherot toujours républicain paraît renoncer à la vie politique, mais il continue à collaborer à la Revue des deux Mondes, où ses jugements sévères sur le parti républicain font sensation : Vacherot craint une poussée des mouvements extrémistes républicains et ne voit pas les républicains modérés réagir. À plusieurs reprises, il est le candidat des droites – alors même qu’il se dit encore républicain – au Sénat. Il échoue aux diverses élections alors qu'il est porté en avant par les listes de droite. Accentuant de plus en plus ses opinions nouvelles dans le sens monarchique, Vacherot fait diverses campagnes contre les chefs de la politique républicaine dans le Figaro et le Soleil (1883-1884). C’est avec sa participation avec la revue Le Correspondant que Vacherot officialise son ralliement au mouvement orléaniste et devient une référence intellectuelle. En 1892, Vacherot fait paraître La démocratie libérale qui reprend en grande partie des articles parus au cours des années précédentes et qui se présente comme un correctif à La Démocratie. Vacherot reconnaît qu’il n’a pas suffisamment précisé la dimension libérale dans son livre de 1859 : une démocratie a besoin d’être encadrée notamment par une constitution bien faite. C’est par désillusion moins pour l’idée républicaine que pour la pratique républicaine que Vacherot adhère au mouvement monarchiste. Il meurt dans l’indifférence quasi générale en 1897 alors même la scène politique s’est quelque peu apaisée avec le ralliement tactique à la République de personnalités catholiques voire monarchistes et qu’une politique d’apaisement est en place. Dans son maître-ouvrage La Démocratie, Vacherot intègre au discours libéral un élément qui jusqu’à présent était tenu en suspicion par les tenants de cette école : l’État. Par ailleurs, Vacherot s’est efforcé de « libéraliser » le discours démocratique et républicain qui reposait à l’époque sur les bases de l’unité nationale au détriment de l’individu. L’originalité de La Démocratie ne tient donc pas à des thèses propres à Vacherot mais à sa tentative de conciliation entre le libéralisme et l’esprit démocratique et républicain.

"En France, l'œuvre révolutionnaire, commencée par la philosophie, précipitée par la Révolution, se continue, malgré les apparences, avec une puissance irrésistible, et descend de plus en plus dans les profondeurs de la société, de manière à faire la place nette à la démocratie pure, à un moment donné qui ne peut guère dépasser le XIXe siècle." (extrait de la préface).

Provenance : Ex libris manuscrit N. Fourgeaud-Lagrèze, 1860. Napoléon Fourgeaud-Lagrèze (1831-1876), était avocat au barreau de Ribérac (Dordogne), conseiller de préfecture à Foix (Ariège) puis vice-président du Conseil de l'Ariège, fondateur du "Périgord littéraire". Cet exemplaire de La démocratie de Vacherot a été relié pour lui avec les attributs "républicains" les plus évidents au moment même où l'Empire régit la France d'une main de fer. la date portée à l'encre par Fourgeaud-Lagrèze "1860" (date même de l'édition) ainsi que le fer spécial "républicain" (voire maçonnique ?) et la devise de la République Française sont ici lourds de sens sachant que cet ouvrage a été condamné et les exemplaires saisis.

Superbe et précieux exemplaire dans une fine reliure parlante strictement de l'époque d'un livre saisi et condamné.

Etienne Vacherot. La démocratie (1860). Superbe exemplaire d'un livre condamné

€1,450.00Prix
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