[Edme-François Darigrand]

L'Anti-Financier, ou Relevé de quelques-unes des malversations dont se rendent journellement coupables les Fermiers-Généraux, et des vexations qu'ils commettent dans les Provinces : servant de réfutation d'un écrit intitulé : Lettre servant de Réponse aux Remontrances du Parlement de Bordeaux, précédée d'une Épître au Parlement de France, accompagnée de Notes historiques. [suivi de :] Supplément à l'Anti-Financier.

A Amsterdam, 1764

1 volume in-8 (21 x 13,5 cm), broché, 100 + 26 pages. Frontispice allégorique gravé à l'eau-forte. Impression en petits caractères serrés. Sous sa simple couverture de papier crème de l'époque, non rogné, dos nu d'origine, sans titre apparent sur la couverture. Tel que paru et tel qu'il circulait à l'époque sous le manteau.

L'explication de l'estampe qu'on trouve en regard donne une idée complète du fond de l'ouvrage. Le frontispice montre le Roi Louis XV accordant à la France un édit portant création d'un impôt unique, et la suppression de tous les droits actuels, ainsi que des traitants [les fermiers généraux, collecteurs d'impôts]. La France à genoux reçoit ce bienfait ; elle tient la main de l'Abondance qui est appuyée contre une colonne de son Temple, pour preuve de son éternelle résidence dans ce Royaume fortuné. La Justice, sur les marches du piédestal, qui porte la statue du Roi, force les Financiers à restituer. Un Financier verse son or avec répugnance ; un Laboureur l'amasse : ce qui signifie que l'or, qui engraissait les Traitants, tournera dorénavant au profit de l'agriculture, et soulagera les campagnes. L'amour des peuples, figuré par des génies, attache à une pyramide élevée devant le Temple de la Renommée, le médaillon du siècle de Louis XV, avec ceux des siècles d'Auguste, de Titus, et de tous les grands princes qui ont illustré leurs règnes par leur bienfaisance. La Renommée part pour instruire l'Univers de ce grand événement.



Ouvrage saisi et condamné au feu.

Ce pamphlet politique dénonçant les abus des Fermiers Généraux et demandant la mise en place d'un impôt unique pour remplacer les nombreux impôts qui étouffaient alors les paysans français, a paru pour la première fois en 1763 (Amsterdam, i.e. Paris, Lambert). La Réponse aux Remontrances du Parlement de Bordeaux ne se trouvent pas dans cette première édition.

"Rallié à la cause physiocratique, l'auteur préconise l'abolition des Fermes et propose de rétablir l'égalité au moyen d'un impôt unique perçu sans arbitraire par les communautés elles-mêmes." (Stourm). Cet écrit valut à l'auteur et à l'imprimeur Lambert un séjour à la Bastille. L'auteur était avocat au Parlement de Paris après avoir été aux Gabelles, en d'autres termes il savait très bien son sujet. L'Anti-Financier connut un grand succès et fut diffusé sous le manteau encore plusieurs années. Il fut largement commenté à l'époque.

"Cet ouvrage, dont la première édition est de 1763, a fait beaucoup de bruit ; on le recherchait avec d'autant plus d'empressement, que la police faisait les perquisitions les plus vives pour le supprimer. Aussi a-t-il conduit son auteur à la Bastille le 4 janvier 1763, ainsi que le libraire Lambert. Il n'est pas possible de s'exprimer avec plus de véhémence contre les fermiers-généraux, contre les receveurs des tailles, et en général contre tous les employés de la régie. Darigrand combat avec force le mode de perception de ces sortes d'impôts trop multipliés alors, qui mettaient les particuliers à la merci d'une nuée de sbires rongeurs, connus, dans le temps, sous la dénomination ridicule de rats-de-cave. Il peint avec horreur les vexations auxquelles tout père de famille était exposé de leur part dans certaines provinces. Il cite beaucoup de faits révoltants, qui sont peut-être exagérés sous sa plume vindicative. Darigrand , avocat au parlement de Paris, écrivait avec chaleur ; son style est nerveux : il avait été employé dans la ferme générale ; quelques mécontentements allumèrent sa bile, et il l'épancha avec amertume dans l'ouvrage en question. On voulut lui fermer la bouche en lui donnant une place avantageuse dans la même partie ; mais il la refusa. Il est mort en 1771." (G. Peignot, Dictionnaire des principaux livres condamnés au feu, supprimés ou censurés, pp. 90-91).

L'idée d'un impôt unique a été initiée par les Physiocrates dès la seconde moitié du XVIIIe siècle. C'est François Quesnay, chef des physiocrates et médecin de Louis XV, qui e propose dès 1760 dans ses Maximes générales du Gouvernement économique d'un royaume agricole. Puisque toutes les taxes reposent en définitive sur le produit de la terre, seul le loyer de la terre devrait être imposé. Son contemporain Adam Smith reprend l'idée et David Ricardo la développe en 1817 dans Des principes de l'économie politique et de l'impôt. L'économiste américain Henry George rend populaire cette proposition avec la publication de Progrès et pauvreté en 1879. On pouvait aussi remonter à 1707 et Vauban et son Projet d'une dixme royale(également favorable à un impôt unique et juste). Vauban paiera alors également de sa réputation pour la témérité de ses idées. De nos jours, en 2019, l'impôt unique (en France) est-il de mise ? L'impôt sur le revenu payé par tous ? égalitaire ? sans autres impôts ? (que sont alors toutes les autres taxes ?).

Le Supplément à l'Anti-Financier est sous-titré : Exposé de quelques nouveaux abus commis par les employés dans la partie des Domaines et Contrôles.

Rare dans cette condition, tel que paru à l'époque.

Darigrand. L'Anti-Financier (1764) avec son supplément. Livre condamné au feu.

€395.00Prix
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