Charles Milon (ou Millon)

L'éventail, ou Zamis et Delphire, poème en quatre chants ; par M. Milon.

A Londres, et se trouve à Paris, chez la Veuve Duchesne, 1780

1 volume in-8 (19,5 x 12,5 cm) de (6)-36 pages. Frontispice gravé à l'eau-forte par Boulland.

Reliure de l'époque plein veau brun, dos lisse orné en long à la grotesque, pièce de titre de maroquin rouge, tranches rouges. Reliure usagée (mors, coiffes, coins) qui reste solide. Intérieur très frais imprimé sur beau papier de Hollande fort.

Édition originale.

Exemplaire provenant de la bibliothèque de l'homme de lettres Octave Uzanne (1851-1931), avec son ex libris gravé par Aglaüs Bouvenne.

Ce poème est dédié à son Altesse sérénissime Madame la Duchesse de Bourbon "protectrice des arts". L'auteur explique dans son Avertissement qu'il a eu l'idée de ce petit poème en l'honneur de l'éventail, ce "sceptre de Vénus", cette "arme divine", en lisant un poème intitulé L'Eventail par le poète anglais Gay. Mais ce n'est pas une traduction qu'il donne ici mais une adaptation au goût français du moment. Outre le poème en quatre chants on trouve quelques notes historiques en bas de page sur l'éventail.

Ce volume a servi d'outil de travail à Octave Uzanne pour la publication de son propre Eventail (Paris, Quantin, 1882) à la fin de l'année 1881. Uzanne a placé sous le faux-titre de son Éventail un mot de Sylvain Maréchal (l'homme sans dieu) : "L'éventail d'une belle est le sceptre du monde." Passé l'avant-propos, on trouve en tête du volume une épître dédicatoire à Madame Louise ***, dont le titre est suivi de ces vers signés Milon : ... La pomme fut décernée à Cypris. Offrant cet Eventail je dis comme Pâris : Il est pour la plus belle. MILON. Obscur Milon ! Qui est-il ? C. Milon ? Milon de Liège ? Nous avons répertorié plusieurs éditions de ce texte écrit à la manière des Dorat, des Lambert et autres écrivains de la femme, de ses heures et de ses ornements dans la seconde moitié du XVIIIe siècle. Celle-ci est la première. Il y a une édition datée 1781 (Paris, Maestricht, Veuve Duchesne) ; une autre en 59 pages datée 1782 (Paris, Liège, Lemarié). Cette dernière édition étant marquée "seconde édition" sur le titre et Milon étant désigné comme "Milon, de Liège". Charles Millon ou Milon (1754-1839) fut écrivain et professeur de philosophie. Le Mercure de France du samedi 17 août 1782 consacre une longue notice à cet ouvrage et à son auteur : "L'auteur de cet opuscule, qui se dit fort jeune, et dans la préface et dans son poème, ne prétend pas du moins en imposer au public sur le motif qui l'a déterminé à courir les risques de l'impression. Il avoue qu'il a ambitionné son suffrage. Cette sincérité ne saurait lui nuire ; elle est bien préférable au charlatanisme de ceux qui veulent faire croire qu'ils se sont vus contraints par leurs amis, ou par des personnes à qui ils sont obligés d'obéir ; cette coquetterie littéraire est trop usée, et en même temps trop ridicule. L'essai poétique que nous annonçons est une imitation de l’Éventail de Gay, Poème en trois chants, plein de longueurs et vide d'action, comme presque tous les ouvrages anglais de ce genre. M. Milon y a fait plusieurs additions ; et le poème, qui n'était déjà que trop long, a un chant de plus. Avec un goût plus mûr, l'auteur eût réduit le tout à un seul. On sent aussi que son style n'est point fait. Il est toujours diffus et souvent prosaïque. La description de l'éventail est très faible. (...)Tout l'ouvrage n'est pas aussi défectueux (...) mais il y a peu de morceaux bien travaillés, les meilleurs manquent de précision. Ce n'est pas qu'on ne rencontre souvent des vers très agréables. (...) L'auteur, en conseillant aux femmes le goût de la simplicité dans la parure, a eu occasion de rendre hommage à une Princesse aussi chérie que respectée, et que l'on peut louer sans flatterie (Madame la Duchesse de Bourbon) (...) Nous n'étendrons pas plus loin et nos citations et notre critique. Nous ne voulons point affliger l'auteur, et encore moins le décourager. C'est pour l'animer à mieux faire que nous avons fait mention de son ouvrage. Les jeunes versificateurs, encore pleins des illusions d'un Art dont ils ne connaissent que les charmes sans en soupçonner les difficultés, et vivement éblouis par le phosphore de la gloriole littéraire, attachent beaucoup d'importance à leurs moindres essais, et n'ont rien tant à coeur que d'obtenir une mention quelconque dans les ouvrages périodiques. Ce désir, qui tient beaucoup à l'émulation, doit paraître tout simple dans un débutant. Il y a une sorte d'équité à parler d'un ouvrage qui, sans être bon et sans avoir assez d'importance pour mériter l'attention du public, annonce néanmoins dans l'auteur quelques dispositions et un goût pour les lettres qui ne peut être blâmable, pourvu qu'il soit bien dirigé, et qu'il ne devienne pas une prétention ridicule. Les jeunes écrivains, abstraction faite du plus ou moins de talent, sont intéressants aux yeux d'un vrai littérateur par une qualité bien précieuse, c'est qu'ils sont enthousiastes de bonne-foi, et qu'ils ne connaissent point l'esprit de parti. Aussi l'auteur de cet article se fera-t-il un devoir d'avoir toujours beaucoup d'égards pour ses jeunes confrères."

Exemplaire de travail pour Octave Uzanne, et conservé comme tel dans sa bibliothèque. Ce livre n'a figuré dans aucune des deux premières ventes Uzanne (mars 1894 et avril 1899). Une étiquette du libraire Edouard Rouveyre (collée au contre plat du volume) nous permet de penser que ce volume a été acheté par Uzanne chez ce jeune libraire avec qui il avait par ailleurs publié ses premiers ouvrages (Les Caprices d'un Bibliophiles en 1878, mais surtout Du Mariage par un philosophe du XVIIIe siècle, avec une préface par Octave Uzanne, publié à la librairie ancienne et moderne Edouard Rouveyre, en 1877, mais aussi le Bric-à-Brac de l'amour en 1879, Le Calendrier de Vénus en 1880 et Les Surprises du Coeur en 1881). La bibliophilie d'Octave Uzanne était double, d'une part des exemplaires contenant des textes rares, pour son travail d'écrivain et d'essayiste, souvent dans des reliures d'époque usagées ou très simplement reliés ; d'autre part une bibliophilie résolument moderniste avec des exemplaires de livres modernes, de livres d'art et d'artistes, d'éditions originales de ses amis, soit cartonnés artistiquement mais simplement par Carayon, Pierson et autres, soit superbement reliés par les meilleurs artisans comme Petrus Ruban, Carayon, Meunier, etc, pour ce qui concerne les exemplaires uniques avec pièces ajoutées. Cette dichotomie bibliophile se perçoit aisément pour peu qu'on se plonge un peu dans le détail des catalogues de vente de quelques parties de sa bibliothèque. 

Bon exemplaire de ce petit ouvrage rare provenant de la bibliothèque d'Octave Uzanne.

Charles Milon. L'éventail (1780). Exemplaire Octave Uzanne

€390.00Prix
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